Organisation internationale de la Francophonie
Discours d'Abdou Diouf - Genève, le 27 février 2012

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Discours d’Abdou Diouf - Genève, le 27 février 2012

Discours prononcé lors de la 19e du Conseil des Droits de l’Homme

C’est la première fois, depuis la création de votre Conseil que l’occasion m’est donnée de m’adresser à vous. Je tiens à vous remercier chaleureusement de votre accueil et de votre écoute.

Vous comprendrez que, par-delà la fierté et le plaisir que j’éprouve à m’exprimer, pour la première fois devant ce Conseil, je veuille avoir une pensée pour ces femmes, ces hommes, ces enfants qui, au moment même où je vous parle, sont, en Syrie, bafoués dans leurs droits, avilis dans leur dignité, meurtris dans leur chair.

Excellences, Mesdames, Messieurs, Pour moi, au regard des responsabilités qui m’incombent, c’est un moment d’une grande importance. Il me permet de vous livrer le message d’une communauté qui réunit, par la langue française et les valeurs qu’elle porte, 75 Etats et gouvernements, présents sur les cinq continents. Le message d’une communauté qui partage un ensemble de principes, et en particulier ceux de l’universalité et de l’indivisibilité des droits de l’Homme, de l’égalité et de la non-discrimination, du dialogue politique et de l’impératif démocratique, y compris dans les relations internationales.

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est activement engagée dans la consolidation de la démocratie et la promotion des droits de l’Homme. Elle a pris des positions claires et résolues à l’occasion des Sommets des chefs d’Etat et de gouvernement, mais aussi et surtout dans la Déclaration de Bamako de novembre 2000, notre texte normatif de référence en la matière.

Consciente de la fragilité de la démocratie, la Francophonie, avec la Déclaration de Bamako, s’est donné les moyens de réagir face à une crise de la démocratie ou en cas de violations graves des droits de l’Homme et de prendre des initiatives concrètes, pour prévenir leur aggravation et contribuer à leur règlement.

L’unité de la Francophonie prend également corps dans la solidarité. Notre communauté regroupe quelques-uns des mieux nantis et de nombreux pays plus démunis. Parmi eux, nombreux sont ceux qui sont gravement affectés par des situations de crise ou de conflit. C’est précisément la volonté d’inspiration solidaire, qui dote la communauté francophone d’une expérience originale de concertation transrégionale, d’échanges d’expériences et d’expertises et d’actions concertées en appui au progrès de la démocratie et des droits de l’Homme.

Forte de ces expériences, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) tient à jouer pleinement son rôle au sein du Conseil des droits de l’Homme, notamment en s’efforçant de rapprocher le Nord et le Sud et de surmonter les pesanteurs des groupes régionaux afin de contribuer à des dynamiques plus convergentes et plus consensuelles et à une mobilisation autour des principes et des concepts fondamentaux concernant les droits de l’Homme, ceux de la Déclaration universelle et des nombreux instruments internationaux sur lesquels nous devons nous appuyer pour faire prévaloir le droit et la justice.

C’est à cet effet que le Groupe des Ambassadeurs francophones auprès des Nations unies organise régulièrement des concertations sur des thèmes d’actualité et des problématiques prioritaires pour les Etats francophones.

C’est à cet effet également que s’est constitué récemment au sein de ce Groupe, un groupe de travail sur les droits de l’Homme qui s’est fixé comme objectif de stimuler la réflexion et l’action communes francophones sur ces questions, à l’occasion des sessions de votre Conseil.

Nous sommes convaincus que l’émergence, dans le débat international, de convergences francophones, peut être un facteur déterminant pour favoriser l’adhésion aux instruments internationaux des droits de l’Homme et leur mise en œuvre effective.

Depuis plus d’un an, nous sommes interpelés par les formidables mouvements populaires en faveur de la démocratie, des droits de l’Homme et des libertés qui ont bousculé le monde arabe. Je veux ici rendre hommage à ces peuples qui, au prix d’immenses sacrifices, ont courageusement entrepris cette marche vers la liberté. Ces peuples qui nous prouvent leurs inépuisables ressources de dignité, de courage et de liberté. Ces peuples, après de longues années d’oppression, nous montrent chaque jour qu’il n’est pas possible de faire taire à jamais les voix réclamant ces libertés fondamentales qui donnent du sens à la vie de toute personne humaine.

Aujourd’hui notre devoir est d’assumer notre responsabilité collective de protéger ces peuples contre la violence aveugle et l’oppression, et de ne pas laisser le doute l’emporter sur l’enthousiasme des premiers jours. Aujourd’hui, nous devons cultiver l’espoir d’assister à l’émergence de systèmes politiques qui n’excluent pas la citoyenneté et où les droits de l’Homme occupent une place de choix. Aujourd’hui nous avons un devoir de soutien à tous ceux qui portent ces aspirations à la liberté et à la dignité.

Le combat pour la dignité et les libertés, c’est aussi répondre au besoin de justice des victimes durement éprouvées. Et je pense en particulier aux jeunes et aux femmes. Il en va de notre futur et de la paix. Et c’est en ce sens que nous soutenons la lutte contre l’impunité, les efforts de la justice pénale internationale et tous les processus nationaux visant à la recherche de la vérité, de la justice et de la réconciliation, parce qu’ils sont devenus des instruments majeurs de la protection des droits de l’Homme.

Dans un trop grand nombre de pays – y compris parmi les membres de l’OIF -, les espérances et les aspirations de quantité d’hommes et de femmes demeurent insatisfaites. Leurs droits fondamentaux ne sont pas respectés ou protégés. Des personnes continuent d’être confrontées à la violence, à la répression et à la souffrance pendant que des millions d’autres fuient les conflits armés et la pauvreté.

Par ses programmes de renforcement des institutions de l’Etat de droit, son soutien aux ONG des droits de l’Homme en particulier, l’OIF se place aux côtés des victimes et renforce ses liens avec la société civile. Je salue à cet égard l’engagement et la mobilisation des défenseurs et militants des droits de l’Homme qui défendent, souvent au péril de leur vie, les droits et libertés fondamentales des populations, contribuant ainsi largement aux processus de démocratisation dans des contextes souvent difficiles.

L’OIF apporte un appui constant aux structures nationales de protection et de promotion des droits de l’Homme ainsi qu’aux institutions de l’Etat de droit à travers ses réseaux institutionnels, partenaires privilégiés de notre organisation. Ces réseaux participent très directement à la mise en œuvre et à l’appropriation des normes internationales en matière de protection des droits de l’Homme, en développant les échanges d’informations, de savoir-faire et d’expériences entre acteurs francophones.

C’est ici à Genève que j’ai tenu à réaffirmer la reconnaissance par la Francophonie du droit à la vie et du caractère inaliénable de la dignité et de l’égale valeur de tous les êtres humains : en février 2010 au Quatrième Congrès mondial contre la peine de mort puis en novembre 2011 au Forum mondial contre la torture.

Sans relâche, en toutes occasions, je ne cesse d’intervenir auprès des Etats francophones pour qu’ils ratifient les conventions internationales relatives aux droits de l’Homme. Je viens aujourd’hui devant vous pour appeler une nouvelle fois solennellement les Etats francophones, et aussi tous les autres, à signer et ratifier ces conventions, et notamment le nouveau protocole additionnel à la convention relative aux droits de l’enfant concernant l’introduction d’un système de plaintes individuelles devant le comité des droits de l’enfant qui sera ouvert à la signature des Etats demain à Genève.

Mais la ratification d’un traité ne prend tout son sens que si celui-ci est appliqué dans les faits. C’est là que l’examen périodique universel doit jouer un rôle majeur.

Je voudrais rappeler ici la mobilisation des pays francophones dès le début de la mise en place du Conseil des droits de l’Homme. Cette mobilisation a conduit au renforcement du partenariat entre l’OIF et le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme. Nos deux institutions ont mis en œuvre sur le terrain depuis 2007, plus de quarante activités conjointes dans des domaines d’intérêt commun.

C’est dans le cadre de ce partenariat avec le HCDH et en liaison avec votre Conseil, que l’Organisation internationale de la Francophonie s’est mobilisée en faveur de la mise en place du mécanisme de l’Examen périodique universel (EPU). Avec la conviction forte que l’EPU est une occasion privilégiée pour les Etats francophones de confirmer avec clarté et de manière exemplaire leur détermination à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent et leur engagement en faveur des droits de l’Homme.

C’est dans cet esprit que la Francophonie a organisé une série de séminaires sur l’EPU, à Rabat, en 2008 et en 2010, et à Tunis en novembre 2011. Ces séminaires ont permis de souligner l’importance du rôle des Institutions nationales des droits de l’Homme et de la société civile, d’insister sur la nécessité d’une meilleure prise en charge par l’État de ses obligations et celle d’une action concertée plus forte des partenaires internationaux pour la mise en œuvre effective des recommandations adoptées lors du premier cycle de l’EPU.

Enfin, je me dois de saisir cette occasion pour soulever une question essentielle pour la Francophonie : celle de la présence de la langue française et des francophones et, plus largement, celle de la promotion du plurilinguisme non seulement au sein du Conseil mais dans l’ensemble des organes et mécanismes de l’ONU chargés des droits de l’Homme.

Que ma démarche soit claire : notre combat n’est pas celui d’une langue. C’est celui de la diversité et du plurilinguisme. Parce que le plurilinguisme et la diversité sont des conditions du respect des identités, d’une meilleure appropriation des principes universels et du nécessaire dialogue entre les cultures et les civilisations, donc du respect des droits et des libertés de chacun.

Il n’est pas de plus bel endroit que cette enceinte où le monde est représenté dans toute sa diversité et dont la mission est de porter haut les valeurs communes de l’humanité pour montrer l’exemple.

Je vous remercie.

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