Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Assemblée générale de l'Alliance Francophone - Paris, le 20 mars 2010

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Discours de M. Abdou Diouf - Assemblée générale de l’Alliance Francophone - Paris, le 20 mars 2010

Discours du Secrétaire général de la Francophonie, lu par M. Michel Grégoire, Conseiller à la langue et à la culture auprès du Secrétaire général, à l’occasion de l’Assemblée générale de l’Alliance Francophone.

Monsieur l’Ambassadeur Stéphane HESSEL, Monsieur Cheick Modibo DIARRA, Présidents d’honneur de l’Alliance Francophone,
Monsieur Jean Guion, Président international,
Éminents membres du Conseil d’Administration et du Bureau de l’Alliance Francophone,
Chers amis,

C’était il y a quarante ans, aujourd’hui même, un 20 mars, en 1970, les Représentants de 21 États et gouvernements étaient réunis à Niamey dans le but de signer la Convention par laquelle serait créée l’Agence de Coopération Culturelle et Technique, l’ACCT.

Ces 21 États et gouvernements avaient compris que, dans cette période où plusieurs d’entre eux avaient acquis encore récemment leur indépendance, la Francophonie constituait un espace de solidarité et de partage dont ils avaient absolument besoin. La langue française, représentaient pour eux beaucoup plus qu’un simple véhicule de communication commun à tous. Elle était aussi porteuse de valeurs qu’ils avaient en partage, des valeurs marquées à l’aune de la solidarité, de la tolérance, du développement et du rapprochement des peuples.

La Francophonie a beaucoup évolué depuis 1970. La famille s’est considérablement agrandie et elle n’a cessé de s’enrichir et de se développer par l’apport de ses nouveaux membres et observateurs. Elle compte aujourd’hui 56 membres et 14 observateurs. C’est dire que le tiers des États siégeant aux Nations Unies sont aussi membres ou observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie. C’est considérable et il faut en prendre la mesure car cela explique l’importance du rôle joué par la Francophonie dans l’adoption, en 2005 à l’UNESCO, de la Convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Cette Convention a d’abord été discutée au sein même des instances de la Francophonie dès la fin des années 1990 et, à travers ses membres qui se sont mobilisés autour de cette cause, la Francophonie l’a porté à la table de l’UNESCO. La Francophonie a en plus usé de toute son influence afin que la Convention soit rapidement ratifiée par le plus grand nombre.

Au fil des ans, la Francophonie a diversifié ses champs d’action et s’est structurée au regard de quatre grandes missions. D’un mandat axé initialement sur la coopération culturelle et technique, la Francophonie a rapidement compris que l’éducation était un champ dans lequel elle se devait d’intervenir et d’apporter son appui à ceux de ses membres qui le demandaient. D’ailleurs la Conférence des ministres de l’éducation, la CONFEMEN, n’avait-elle pas été créée dès 1960 de même que l’Agence universitaire de la Francophonie en 1961.

La paix, la démocratie et le respect des droits de l’homme sont essentiels à l’épanouissement humain et au développement durable. Ce sont aussi des valeurs auxquelles les États et gouvernements se doivent d’adhérer en devenant membre de la Francophonie. Il était donc normal que ce champ d’action fasse l’objet de nos préoccupations. C’est un domaine où la Francophonie ne ménage pas ses bons offices pour rétablir des espaces de dialogue et rapprocher les parties en cas de conflit. C’est une tâche qui n’est pas facile, qui se fait souvent dans l’ombre et qui est, parfois, ingrate parce que les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. C’est pourquoi il arrive que je doive convoquer d’urgence le Conseil permanent de la Francophonie et que celui-ci n’ait d’autres choix que de suspendre un de nos membres parce qu’il contrevient à la Déclaration de Bamako. Cette Convention dont nous fêtons cette année le dixième anniversaire et qui porte sur l’État de droit, la démocratie et les droits de la personne.

La question du développement et de la solidarité était déjà au rendez-vous à Niamey. Au fil des ans la Francophonie n’a eu de cesse de rechercher de nouvelles façons de faire, de développer des programmes et d’adopter une approche qui répondent au besoin réel des populations et qui, à terme, favorise la responsabilisation, l’appropriation de bonnes pratiques et l’adhésion à la notion de bonne gouvernance.

À la faveur des quelques crises énergétiques que nous avons connues depuis les années 1970 et de notre grande préoccupation pour le développement durable et la lutte aux changements climatiques, ces deux domaines, l’énergie et l’environnement, ont pris de plus en plus d’importance.

On peut donc dire que la Francophonie opère aujourd’hui selon quatre grandes missions :

  • La Langue française et la diversité culturelle
  • Les droits de l’homme, la paix et la démocratie
  • L’Éducation
  • Le développement durable

Il y a un trait commun à ces différentes missions. L’action de la Francophonie est fondamentalement basée sur la confiance en l’Être humain. C’est pourquoi ses interventions sont accompagnées, toutes les fois que cela est possible, d’un appui au renforcement des capacités et d’un accompagnement institutionnel. Elle cherche aussi à structurer la voix francophone lors des grandes rencontres internationales portant sur des enjeux fondamentaux comme ce fut le cas récemment à Copenhague. La concertation est ainsi un maître mot qui décrit bien le modus operandi de son action.

En raison de l’importance sans cesse croissante de son action, de la nécessité de plus en plus évidente pour la Francophonie de faire entendre sa voix lors des discussions portant sur les grands enjeux mondiaux ou encore à l’occasion de crises ou d’atteinte à la démocratie, il est devenu de plus en plus évident qu’il fallait donner une dimension et une voix politiques à la Francophonie. C’est ainsi qu’en 1997, lors du Sommet de Hanoï, le poste de Secrétaire général a été créé et que l’ACCT est devenue en 1998 l’Agence intergouvernementale de la Francophonie qui, elle-même en 2005, deviendra l’Organisation internationale de la Francophonie.

La Francophonie, c’est aussi, vous le savez bien, de nombreux opérateurs spécialisés comme l’Agence universitaire de la Francophonie, dont j’ai déjà parlé, avec ses quelque 700 universités membres. C’est l’Association internationale des maires des villes francophones qui regroupe environ 200 villes. C’est TV5, qui fêtait ses 25 ans en septembre dernier et qui est la première chaîne mondiale de télévision en français étant présente dans plus de 200 pays et territoires. C’est l’Université Senghor d’Alexandrie qui se consacre à la formation de cadres des pays du Sud.

Mais c’est aussi la CONFEMEN et son équivalent pour la jeunesse, la CONFEJES. C’est encore l’Association internationale des parlementaires francophones. À tous ces opérateurs, conférences ministérielles ou parlementaires se greffe un réseau institutionnel d’organisations internationales non gouvernementales accréditées auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Tous ensembles, ils forment un formidable réseau international dont peu soupçonnent l’ampleur. Combien savent que la Francophonie a contribué depuis 1986 à la mise en place de près de 225 Centre de lecture et d’animation culturelle dans 18 pays.

Au cours de ses quarante ans d’existence, le noyau de départ de la Francophonie s’est enrichi de l’ajout de nouveaux membres. En réalité, il a presque triplé, il faut bien le reconnaître, ces nouveaux membres ne sont pas aussi francophones que les États et gouvernements fondateurs. Même si, en adhérant à la Francophonie ils ont démontré leur attachement à la langue française et à la promotion des valeurs qu’elle véhicule, la mondialisation impose une vigilance de tous les instants afin que le français conserve son statut de grande langue internationale.

Les combats des années 70 et 80 demeurent tout aussi pertinents, mais la Francophonie doit maintenant aussi lutter sur d’autres fronts et développer de nouvelles approches. L’utilisation du français dans les grandes organisations internationales comme l’Union européenne ou les Nations Unies constitue aujourd’hui une préoccupation de tous les instants de notre Organisation. C’est pourquoi il a été nécessaire lors du Sommet de Bucarest en 2006 d’adopter un Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales. Les cadres réglementaires linguistiques de ces grandes organisations existent, il s’agit simplement d’exiger qu’ils soient respectés. C’est en le faisant, de manière courtoise mais ferme, que nous démontreront la pertinence et la modernité de notre langue. Il faut toutefois reconnaître que plusieurs de nos membres ont de la difficulté à suivre cette règle pourtant simple.

La langue française, qui forme le ciment de notre Organisation, et que nous défendons âprement, n’est toutefois pas, et ne devra jamais, être un facteur de nivellement et de banalisation des identités propres à chaque peuple qui compose la grande mosaïque francophone. La Francophonie est en faveur de la diversité des cultures et souhaite que chacune ait la chance de se révéler aux autres. La Francophonie est aussi en faveur du multilinguisme. Elle ne souhaite pas que le français occupe tout l’espace, mais elle ne veut pas non plus qu’une autre langue le fasse.

Fondée en 1992 par Pierre Messmer, l’Alliance Francophone aura bientôt 20 ans et elle est présente dans presque 100 pays. Ses initiatives et ses actions témoignent de l’originalité de son approche basée essentiellement sur le dialogue entre les peuples et les civilisations ainsi que le soutien à l’expression et à la valorisation des différences, fondement de la richesse de l’humanité.

Par ses actions, l’Alliance Francophone contribue au rayonnement de la langue française et d’un certain humanisme que cette langue véhicule. En somme, sur un autre plan, d’une manière différente et avec des moyens qui sont les siens, l’Alliance francophone ajoute sa voix à celle de la Francophonie et de nombreux autres organismes et institutions qui luttent pour le maintien de la place de l’Homme au centre de tout projet collectif qu’il soit politique, culturel, social ou même économique. À travers la défense de la langue française, c’est une conception du monde que, tous ensembles nous défendons, convaincus que nous sommes qu’il n’y a d’avenir pour l’Homme qu’à travers une forme de spiritualité empreinte de tolérance, de respect mutuel, de compassion et de solidarité.

L’Institut International de Promotion et de Prestige de Genève s’est fixé pour objectif de faire connaître, à la plus large audience possible et en raison de leur grande valeur, les actions et les travaux d’individus ou d’institutions. C’est donc une reconnaissance et une valorisation importante du travail mené sans relâche depuis bientôt 20 ans par l’Alliance Francophone que l’Institut salue en lui remettant le Mérite au développement international de la Langue française.

La lutte pour la promotion de la langue française et des valeurs qu’elle véhicule est une lutte de tous les instants. C’est une lutte difficile qui ne peut être gagnée que si nous arrivons à convaincre les gouvernements, les institutions, et surtout les individus, que l’avenir ne se conjugue pas seulement dans une seule langue, qu’un futur prometteur ne se mesure pas uniquement en richesse accumulée et, qu’au contraire, le secret réside ailleurs.

Je forme le vœu que nous soyons de plus en plus nombreux pour mener cette bataille et je sais que je peux compter sur l’Alliance Francophone qui sera toujours à nos côtés.

Je vous remercie.

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