Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Ouagadougou (Burkina Faso), le 19 mai 2010

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Discours de M. Abdou Diouf - Ouagadougou (Burkina Faso), le 19 mai 2010

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de l’inauguration de la Maison des Savoirs de Ouagadougou

Aujourd’hui est un grand jour, oui, un grand jour. Pourquoi ? Parce que nous réalisons un rêve.

Nous inaugurons, à Ouagadougou, la première Maison des Savoirs en Afrique. Elle fait maintenant partie du réseau des Maisons des Savoirs de la Francophonie et est, ainsi, reliée par les moyens les plus modernes de communication à celles de Chisinau en Moldavie et de Hué au Vietnam. Grâce à cette Maison des Savoirs, Ouagadougou consolide fortement ses positions dans le domaine des nouvelles technologies de communication.

En tant que Secrétaire général de la Francophonie, j’ai plusieurs raisons de me réjouir.

Premièrement, ce projet est un des plus importants et des plus porteurs du Cadre stratégique décennal de la Francophonie, adopté par les chefs d’État et de gouvernement lors du Sommet de Ouagadougou en 2004. Un projet sur lequel je fonde personnellement beaucoup d’espoirs.

Deuxièmement, comment pourrais-je ne pas être heureux de voir se réaliser un projet qui fait appel à pratiquement tous les Opérateurs de la Francophonie, chacun apportant ses compétences et sa spécificité en association avec l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF.

Au premier chef je veux mentionner, le partenaire direct de l’OIF dans le projet, l’Association internationale des Maires francophones. L’AIMF, qui, déjà, menait depuis quelques années une action remarquable à travers ses centres multimédias. À Bucarest, en 2006, les chefs d’État et de gouvernement ont demandé un renforcement de cette initiative prometteuse par une synergie entre l’OIF et les Opérateurs. Voilà qui est fait.

Dès 2004, l’AIMF avait financé la construction et l’équipement des six sites qui constituent l’ensemble de la Maison des Savoirs de Ouagadougou en plus d’apporter son assistance technique à la ville pour la maîtrise d’œuvre des travaux. L’intervention actuelle de l’OIF, en étroite collaboration avec l’AIMF, permet de rénover les bâtiments existants et d’équiper les espaces numériques. La ville de Ouagadougou, de son côté, prend en charge une part importante des frais de fonctionnement et d’animation des différents sites. Elle s’engage donc pour l’avenir.

Ensuite, il y a l’Agence universitaire de la Francophonie, l’AUF. C’est elle qui dispense la formation technique nécessaire aux animateurs de manière à ce que ceux-ci soient en mesure d’offrir les meilleurs services d’animation, de formation et de soutien aux usagers de la Maison des Savoirs. L’AUF apporte aussi son expertise pour l’installation et l’entretien de ce qui constitue un des éléments fondamentaux des Maisons des Savoirs, c’est-à-dire les espaces numériques.

Enfin, il y a TV5 qui, en utilisant le matériel didactique que la chaîne télévisuelle produit en matière d’apprentissage de la langue française, anime des activités de formation. TV5 est en mesure, en s’appuyant sur la Maison des Savoirs, de rejoindre un large public et ainsi multiplier l’impact de son action.

La Maison des Savoirs de Ouagadougou offre donc un bouquet complet qui permet à chacun de se familiariser avec les nouvelles technologies d’information et de communication. Ce bouquet facilite également l’apprentissage de la langue française, propose des activités culturelles et donne accès à une importante bibliothèque. En outre, la Maison des Savoirs sera un lieu d’information sur les différents services qu’offre la ville de Ouagadougou.

Mais la Maison des Savoirs c’est encore bien plus que cela. C’est un lieu de rencontres, un lieu d’échanges, un lieu où on peut élaborer des projets communs, partager ses rêves et ses appréhensions. C’est un lieu de solidarité.

Par la multiplicité des partenaires qui y sont associés, par son concept et sa vocation même, la Maison des Savoirs, cette « MDS » comme on la nomme familièrement, m’apparaît aussi comme un « Modèle… de… Solidarité ».

Je veux souligner l’engagement constant en faveur de la Francophonie du Président Blaise Compaoré. Chacun sait qu’il m’est arrivé souvent, et encore maintenant, de faire appel à son sens démocratique élevé, à sa sagesse aussi, afin qu’il serve de médiateur et de facilitateur dans la résolution de conflits. Malgré ses lourdes charges à la tête du pays, j’ai toujours pu compter sur son sens élevé du devoir. Le Burkina-Faso est un des membres les plus actifs en Francophonie. La multiplicité des actions que nous y menons, et particulièrement cette Maison des Savoirs, en témoigne.

Je veux souligner l’implication ferme et sans équivoque de la ville de Ouagadougou dans ce projet. Monsieur le Maire, laissez-moi vous exprimer toute mon admiration pour la vision d’avenir dont vous témoignez dans ce dossier. Jamais, l’engagement de la ville de Ouagadougou n’a pu être questionné. Jamais, il n’a été permis de douter, Monsieur le Maire, de votre conviction profonde quant à la nécessité d’aller de l’avant avec ce projet qui bénéficiera à toute la collectivité.

Voilà un bel exemple d’une municipalité qui a compris que sa raison d’exister ne se limite pas à offrir des services de base à ses citoyens, mais qu’elle a aussi un rôle, tout aussi incontournable, à jouer aux plans éducatif, culturel et communautaire. Voilà une ville qui a compris qu’elle peut et doit agir pour le développement.

Je salue aussi l’appui indéfectible de l’ensemble du gouvernement burkinabé à la réalisation de ce projet dont il a été souvent question dans les différentes instances de la Francophonie. La présence de nombreux ministres du Gouvernement ici aujourd’hui en est un témoignage éloquent. Je veux également associer à ces remerciements le Secrétaire général de la Commission nationale pour la Francophonie, qui a tout mis en œuvre pour renforcer le partenariat entre les autorités étatiques et celles de la ville tout au long du processus de création des MDS.

La Maison des Savoirs, c’est un outil. Un outil d’épanouissement individuel qui s’appuie sur la culture et l’appartenance identitaire de chacun, mais, aussi, qui facilite l’ouverture sur le monde à travers la place importante faite aux nouvelles technologies.

Grâce aux activités qui seront réalisées dans cette Maison des Savoirs par une équipe d’animateurs dont on me dit le plus grand bien et que je salue ; grâce aussi à la place faite aux jeunes et aux femmes ; grâce, enfin, aux projets communs qui y seront élaborés, ce ne sont pas seulement les individus qui en bénéficieront, mais bien toute la collectivité.

Demain je procéderai à l’ouverture d’AFRICALLIA. Je suis convaincu que, dans quelques années, lorsqu’une telle rencontre d’affaires se tiendra à Ouagadougou, nous y retrouverons de jeunes entrepreneurs qui auront été des habitués de la Maison des Savoirs. En tout cas, c’est ce que je souhaite ardemment. Alors, nous saurons que nous avons réussi.

Je voudrais, en terminant, rappeler que la Francophonie a joué un rôle important dans l’adoption par l’UNESCO en 2005 de la Convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Vous avez eu, ou bien vous aurez, l’occasion d’admirer l’exposition « Noirs dans la science ». Cette exposition est appelée à circuler dans le réseau des Maisons des Savoirs. C’est dire que les gens de Chisinau et de Hué pourront aussi l’admirer. En contrepartie, la Maison des Savoirs de Ouagadougou recevra des expositions en provenance de Hué et de Chisinau. Cela me semble une très heureuse initiative car elle permettra aux peuples de mieux se connaître et, ainsi, de mieux se comprendre et de mieux s’apprécier.

La Francophonie est unie par la langue française, mais elle est vaste car elle est présente sur les cinq continents. En son sein même, les disparités en termes de développement et les différences culturelles sont importantes. Il est de notre devoir de contribuer, tous ensemble, à ce que ces différences suscitent la curiosité et l’émerveillement plutôt que l’inquiétude. Une telle exposition et, de manière générale, le réseau des Maison des Savoirs, contribuent à cette intercompréhension des peuples.

La Francophonie est une grande famille et, comme dans toute famille, il faut faire quelques efforts afin qu’elle demeure unie. C’est ainsi qu’elle est la plus forte et qu’elle peut le plus facilement porter son message d’espoir, de solidarité et de tolérance.

Je vous remercie.

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