Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Ouagadougou (Burkina Faso), le 20 mai 2010

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Discours de M. Abdou Diouf - Ouagadougou (Burkina Faso), le 20 mai 2010

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de la 1ère édition du Forum ouest africain de développement des entreprises AFRICALLIA

Je me réjouis de m’adresser à vous, en cette période où beaucoup s’interrogent sur l’évolution de l’économie mondiale, sur la reprise de la croissance et sur la validité de nos modèles de développement.

Je me réjouis de le faire ici, dans un pays qui a pour ressource principale le courage et l’enthousiasme de ses hommes, leur détermination à tirer d’une terre exigeante les moyens de leur existence et de leur progrès et leur capacité à unir leurs efforts et à trouver des accords raisonnables.

Je me réjouis de saluer à cette occasion la vision stratégique dont fait preuve le Président Blaise Compaoré et le choix de politiques cohérentes effectué par les gouvernements qu’il a nommés : malgré un environnement moins fertile et divers que celui d’autres contrées, le Burkina Faso fait depuis longtemps partie des pays exemplaires aux yeux de la communauté internationale, parce qu’il a su identifier ses points forts, les mettre en valeur et ne jamais relâcher son effort.

Je me réjouis enfin de m’adresser à vous dans une langue que d’aucuns voudraient, trop vite, cantonner à un rôle essentiellement culturel et social.

Vous êtes ici pour créer.

Créer des partenariats entre entreprises, créer des réseaux entre producteurs, créer des occasions d’inventer des produits nouveaux, créer des capacités d’adapter ceux qui existent déjà à des demandes diverses, liées à des contextes spécifiques.

Vous êtes ici pour nouer les liens qui constituent ce qu’on appelle un tissu économique et qui sont la substance même de l’espace économique francophone.

Vous êtes venus pour élargir cet espace, le faire communiquer avec d’autres espaces économiques et culturels, dont je salue ici les représentants. Vous faites partie de nos ambassadeurs, de ceux qui font de la Francophonie une réalité vivante sur tous les continents et dans les milieux les plus variés.

Parce que vous connaissez le poids des mots, l’importance des négociations, la nécessité de contrats suffisamment clairs, vous savez aussi combien il est important de comprendre l’autre et de s’en faire comprendre, combien il est nécessaire de définir et de construire les fondations d’un échange mutuellement profitable.

Les grandes entreprises multi ou transnationales ont tendance à imposer des schémas uniformes, à se référer à des manuels de procédure qui soient les mêmes d’un bout du globe à l’autre. Mais elles comprennent de mieux en mieux ce que, par votre pratique, vous avez découvert depuis longtemps : pour faire affaire, pour faire des affaires, il faut d’abord s’entendre, donc se parler, s’écouter, découvrir ce qui nous distingue et ce qui nous rapproche et, à partir de cela, inventer des relations aussi stables et fructueuses que possible. Il faut savoir respecter l’autre, qu’il soit client ou partenaire, simplement acheteur de votre produit ou acteur avec vous d’une nouvelle production.

Je crois que, si vous êtes venus nombreux à Ouagadougou, c’est parce que d’une part vous êtes conscients du formidable potentiel que représentent l’Afrique, ses ressources naturelles et sa population, majoritairement jeune et désireuse de rejoindre les autres jeunesses du monde, d’autre part vous partagez l’ambition qui anime la Francophonie : construire une mondialisation équitable, fondée sur des échanges équilibrés et des réalisations choisies d’un commun accord.

Nulle part, jamais, l’activité économique n’a été une fin en soi : elle est le moyen de donner à chacun une chance de contribuer au bonheur commun, de faire bénéficier la collectivité de ses capacités et de ses compétences. Si nous sommes aujourd’hui si nombreux sur cette terre, si nous disposons d’outils largement répandus et de plus en plus puissants, c’est bien parce que le commerce et l’échange de services sont toujours allés de pair avec les découvertes scientifiques et leur utilisation technique. Si les cultures sont vivantes et évoluent, c’est par cet apport constant d’éléments extérieurs, d’objets, de pratiques qu’il faut assimiler, adapter et transformer.

Mais il faut prendre garde aux déséquilibres qui peuvent naître de ces échanges. C’est pourquoi la Francophonie a retenu le commerce et l’appui à la mise en place d’un système international équitable au nombre des missions qu’elle s’est données, ici, à Ouagadougou, en 2004, quand, lors de son 10e Sommet, elle a adopté son Cadre stratégique décennal. C’est pourquoi, très concrètement, elle donne son appui à Africallia, dans le même esprit qui l’a conduite à organiser avec le Centre du Commerce international de Genève, depuis plusieurs années des rencontres entre acheteurs et vendeurs de l’Afrique de l’Ouest et du bassin du Mékong, en Asie.

C’est pourquoi également elle participe, avec la Conférence permanente des Chambres consulaires africaines et francophones, à une réflexion sur le développement et le financement des grappes d’entreprises : en effet ces groupements sont à même de diffuser de nouvelles technologies, d’améliorer les méthodes de production et de commercialisation et de servir de base à la diversification économique. Or cette diversification est essentielle pour mettre en valeur le potentiel de l’Afrique.

Je souhaite donc qu’Africallia soit un moment fort de ce travail de diversification et de mise en valeur, que vous repartiez tous avec de nombreux projets et de nouveaux contrats allant dans ce sens, et que vous ayez également noué de ces amitiés qui sont à la base des bonnes affaires.

Je vous remercie de votre attention.

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