Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Alexandrie, le 30 novembre 2010

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Discours de M. Abdou Diouf - Alexandrie, le 30 novembre 2010

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie dans le cadre du 20e anniversaire de l’Université Senghor d’Alexandrie

Monsieur le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique,

Madame la Présidente de l’Université d’Alexandrie, Présidente de la Conférence des Recteurs du Moyen Orient,

Monsieur le Président de l’Université Senghor,

Monsieur le Recteur de l’Université Senghor, Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Chers auditeurs,

Avant toute chose, laissez-moi vous dire combien j’ai été transporté, touché par l’énergie, le talent, la joie de vivre et de partager que nous ont offerts, hier soir, comme un présent, mais aussi comme une leçon, les jeunes femmes et les jeunes gens de l’Université Senghor et de l’Université d’Alexandrie. Je veux donc, une fois encore, leur dire du fond du cœur BRAVO et MERCI !

Mesdames et Messieurs,

"Les idées ne sont pas faites pour être pensées, mais vécues" disait André Malraux. Et l’histoire de l’Université Senghor, qui célèbre aujourd’hui son vingtième anniversaire, en est la preuve la plus éclatante.

L’idée originale, audacieuse, novatrice de créer une université de langue française pour le développement africain dans un pays de langue arabe grâce, dans un premier temps, à une subvention italienne, n’eut d’égale que la rapidité d’exécution de ce projet, la farouche détermination et la force de conviction de tous ceux qui l’ont servi alors, et depuis lors.

Que ce jour soit donc l’occasion de leur rendre hommage, de rendre hommage au Président Hosni Moubarak qui offrit, à cette université sans pareille, l’hospitalité de « l’Égypte-mère », comme la qualifiait affectueusement Léopold Sédar Senghor, tout en proposant, avec inspiration, de lui donner le nom du Poète-Président. Alors je tiens à vous dire combien je suis fier d’avoir signé à Dakar, en mai 1989, en qualité de Président du 3e Sommet de la Francophonie, l’acte de naissance de l’Université Senghor d’Alexandrie aux côtés de mon ami Boutros Boutros-Ghali qui en fut l’un des plus fervents promoteurs, et combien je suis fier, aujourd’hui, en qualité de Secrétaire général, de l’honneur que vous me faites, en créant le Prix Abdou Diouf de la meilleure thèse sur la Francophonie.

Combien je suis fier, aussi, de prendre acte, à vos côtés, de l’affirmation et du rayonnement croissants qui caractérisent l’évolution de l’Université Senghor durant ces deux décennies, résolument placées sous le signe de l’excellence et de l’engagement au service de l’Afrique.

Combien la Francophonie est fière de compter, au rang de ses opérateurs, une université qui, depuis sa création, a formé une génération entière de cadres africains aux outils les plus performants du développement, en s’adjoignant le concours de professeurs de renommée internationale venus d’Afrique, d’Europe, des Amériques, en mobilisant les savoirs scientifiques autour de manifestations académiques toujours plus reconnues, en adaptant sans cesse ses formations aux outils modernes de communication, aux besoins des publics et aux réalités de terrain, en favorisant les synergies avec l’OIF, mais aussi avec l’Agence universitaire de la Francophonie, bien sûr, l’Association internationale des maires francophones, TV5 Monde. Une synergie à laquelle, vous le savez, je suis particulièrement attaché.

Une université qui a donné toute sa portée à l’idéal de solidarité qui nous guide, mais aussi à notre combat en faveur de la diversité culturelle, en devenant un lieu privilégié d’échange, d’émulation et donc d’enrichissement intellectuel et culturel, en s’ouvrant largement, tant à son espace environnant qu’aux horizons plus lointains.

Je pense aux liens fraternels noués avec les plus grandes universités égyptiennes, et singulièrement avec l’Université d’Alexandrie qui a permis la création d’un pôle universitaire francophone dont je veux, ici, me réjouir, ou encore avec la prestigieuse Bibliothéca Alexandrina.

Je pense, aussi, aux conventions de coopération ou de co-diplômation signées avec de nombreux établissements du Sud et du Nord, aux partenariats conclus, à l’international, avec de grandes institutions publiques ou privées.

Une université, enfin, qui contribue à ce que la Francophonie « s’enfonce dans la chair ardente de notre temps et ses exigences. »

En envisageant le développement dans sa dimension éducative, culturelle, politique, sociale, sanitaire et environnementale, vous vous êtes emparés, avec clairvoyance et succès, de ces problématiques que la Déclaration de Montreux a voulu mettre en exergue, et que la mondialisation nous somme d’affronter et de résoudre, si nous voulons que s’instaure une gouvernance plus démocratique, plus équitable, plus pacifique, une gouvernance où l’Afrique sera à même d’occuper la place légitime et de jouer le rôle fécondant qui lui reviennent.

Aujourd’hui, encore, vous nous invitez à ouvrir la voie, en organisant ce colloque dédié au devenir de la Francophonie universitaire en Afrique dans une mondialisation multilingue. Il y a là, en effet, un enjeu majeur pour l’Afrique, la Francophonie et la langue française.

Vous le savez mieux que quiconque, éducation et développement sont indissociables. Et la Francophonie a plus que jamais la volonté d’être présente à toutes les étapes de ce continuum qui va de l’enseignement primaire à l’enseignement supérieur et la recherche, en passant par la formation professionnelle et technique : qu’il s’agisse d’accompagner la définition des politiques nationales d’éducation et de formation ; qu’il s’agisse de développer les compétences des personnels de gestion et des enseignants, à l’instar de notre projet pilote IFADEM dédié aux maîtres du primaire ; qu’il s’agisse d’offrir des formations universitaires d’excellence ou de soutenir la recherche.

Telle est notre contribution à la réalisation d’une éducation de qualité pour tous et pour toutes. Une contribution qui mobilise les efforts de l’OIF et de tous les opérateurs, ainsi que de la Conférence des ministres de l’Education. Une contribution qui s’appuie sur un important maillage de structures et de réseaux, sur une volonté et une capacité de mettre en contact les universités du Sud et du Nord, via les technologies de l’information et de la communication. Une contribution qui ne saurait concevoir l’enseignement du et en français que dans une étroite articulation avec les langues partenaires de notre espace. Une contribution que vous nous aiderez à enrichir encore grâce aux débats que vous aurez ici.

Et à cet égard, je souhaiterais vous convaincre de garder à l’esprit, durant vos échanges, que nous ne saurions être seulement guidés par notre devoir de solidarité et de partage, par la conscience que l’avenir de la Francophonie se joue en Afrique, comme le souligne le rapport 2010 sur la langue française dans le monde.

Nous devons revendiquer et assumer le fait que nous sommes, aussi, porteurs de valeurs et d’une certaine vision de la société, une vision qui sera véhiculée par ces citoyens de demain que sont les étudiants d’aujourd’hui.

Car je le dis clairement : l’Université est, aujourd’hui, partout en crise, et pas seulement en Afrique. Tous les systèmes éducatifs sont ou seront confrontés à la même question : la question de la place et du rôle que nous voulons pour le savoir et pour les diplômés dans une société globalisée.

L’objectif est-il de renforcer l’adéquation entre formation et marché de l’emploi, d’assurer ou de maintenir son rang dans la compétition mondiale, singulièrement dans le domaine de la recherche et de l’innovation ?

Certes oui, mais pas seulement, sous peine de produire, du primaire à l’université, des générations d’individus techniquement ou scientifiquement qualifiés destinés à servir, docilement, la performance économique et une science sans conscience, les élites encadrant les exécutants.

Au moment où la globalisation des problèmes et des solutions place des milliards d’hommes et de femmes dans l’obligation de dépendre les uns des autres sans se connaître, la responsabilité de l’enseignement, singulièrement de l’Université, consiste donc aussi à former des étudiants empreints d’humanisme et capables de développer d’autres compétences : le sens critique, la curiosité intellectuelle, la curiosité à l’égard de l’Autre, celle qui pousse à vouloir mieux le connaître, à dialoguer avec lui dans le respect et la compréhension de ses différences.

Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons former des citoyens susceptibles de préserver la démocratie, la justice sociale, et un dialogue pacifié entre toutes les cultures et les religions, tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Je voudrais donc, en terminant, former le vœu que ce vingtième anniversaire marque un nouvel élan pour aborder l’avenir avec confiance, mais surtout avec ambition, une ambition à la mesure des espoirs que Léopold Sédar Senghor plaçait dans la Francophonie et dans cette université. Aussi lui laisserai-je les derniers mots : « Il nous faut, disait-il, être très modestes, mais il ne nous faut pas être humbles, n’est-ce pas les nuances du français !  »

Je vous remercie.

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