Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Marrakech, le 20 septembre 2012

Réduire ce texte Agrandir ce texte Imprimer ce texte imprimer Envoyer ce texte envoyer

Discours de M. Abdou Diouf - Marrakech, le 20 septembre 2012

À l’occasion de la première rencontre des banques francophones

J’avais très volontiers accepté, il y a un an et demi, l’invitation qui m’avait été faite d’intervenir à l’ouverture des travaux de ce premier Sommet Bancaire Francophone, organisé à Paris à l’initiative de l’Union des Banques Arabes, sous le haut patronage du Président de la République française.

J’ai donc tout aussi volontiers accepté de prendre part à cette première rencontre qui est la conséquence directe de ce Sommet et qui doit marquer, sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, la naissance d’un réseau important, l’Union des Banques Francophones.

Nous nous préparons à tenir, dans trois semaines, à Kinshasa, en République démocratique du Congo, notre XIVème Sommet. Il aura lieu dans un pays appelé à devenir le plus important, en taille et en population, de la Francophonie. Il se tiendra sur le thème capital des enjeux économiques et environnementaux de la mondialisation. Il devrait être un de ces repères liés à l’émergence de l’Afrique et à sa place grandissante dans la vie du monde.

Je suis donc heureux que cette première rencontre bancaire se tienne maintenant, à l’orée de ce Sommet. Je suis également heureux qu’elle se tienne à Marrakech. Ville imprégnée d’histoire, c’est aussi une ville phare du Maroc contemporain, ouverte aux vents du large et organisatrice de multiples rencontres.

Par son passé et son évolution, le Maroc a vocation à être un pont entre l’Afrique subsaharienne, l’espace méditerranéen et l’Europe. Enraciné dans de très anciennes institutions politiques, fort de ses richesses architecturales, musicales, littéraires, il assume cette vocation en étant le creuset de nouvelles formes de développement et d’organisation, conciliant économie et culture, traditions et modernité, dynamisme et solidarité. Dans le grand mouvement qui anime le monde arabe, il avance en cherchant un juste équilibre entre les contraintes de la globalisation et l’affirmation de son identité.

Il était donc un des endroits les plus indiqués pour une rencontre originale et fondatrice. De même, le thème choisi pour cette rencontre, le financement des petites et très petites entreprises, touche directement un des problèmes majeurs de l’Afrique toute entière, un fait qui est à la fois un atout sans pareil et une menace sans précédent.

Rappelons-en les données. Il a fallu 400 000 ans pour atteindre, en 1800, le nombre d’un milliard d’êtres humains. Il n’en a fallu que 130 pour parvenir à deux milliards. Et onze ont suffi pour passer de 6 à 7 milliards. Même si le processus ralentit, nous serons 9 milliards en 2050, dont un milliard supplémentaire pour la seule Afrique, qui vient d’atteindre son premier milliard d’habitants. Et il s’agira de gens dans la pleine fleur de la jeunesse ou la force de l’âge, en quête d’emplois et de sens à donner à leur existence. Il s’agira de populations en quête d’eau, sans quoi il n’y a plus de vie, en quête d’énergie, sans quoi il n’y a pas de ville, ni de création significative de richesses, en quête d’alimentation et de services multiples.

Les très petites, petites et moyennes entreprises sont un maillon essentiel de la réponse à ce défi majeur. Elles sont créatrices d’emplois, au plus près des lieux où vit l’essentiel de l’humanité, ces zones périurbaines qui ne cessent de s’étendre. Elles interviennent d’abord dans le secteur des services, dans ces multiples fonctions qu’exigent des sociétés de plus en plus techniques, de plus en plus complexes et foisonnantes. Elles font naître et consolident les liens sociaux, les relations basées autant sur l’échange et la confiance que sur le profit et la concurrence. Sans elles il n’existe pas de tissu, ni économique, ni social. Elles sont également un lieu important d’innovation et d’adaptation, puisqu’elles se créent et prospèrent en réponse à des demandes toujours nouvelles, à des besoins en changement permanent, puisqu’elles reposent sur l’initiative individuelle et la capacité de trouver des solutions aux attentes de tous et de chacun.

Mais, du fait de leur taille et de ce contexte ces entreprises ont tendance à rester dans l’informel, à ne pas s’approprier les outils indispensables à une certaine stabilité, à une réelle pérennité. Elles n’ont pas par elles-mêmes la capacité de consolider les liens qu’elles suscitent. Eléments fondamentaux du tissu économique, elles sont en même temps trop étroites et trop volatiles pour en construire le cadre et en garantir la solidité.

C’est là que sont nécessaires des institutions à l’échelle nationale, régionale et mondiale, au premier rang desquelles les banques. Par un ensemble de services adaptés, les banques peuvent jouer un rôle central dans la formalisation et le renforcement de ces entreprises enracinées localement, leur permettre de mettre en valeur leurs capacités d’innovation et améliorer ce qu’on appelle l’inclusion financière – en français l’accès universel aux services financiers.

Traditionnellement, la banque est un des métiers où l’on pouvait commencer simple grouillot – chaouch ou messager – et finir directeur. Par le travail, la formation et l’initiative individuelle, par la mise en valeur de l’expérience et des bonnes pratiques, les banquiers travaillaient au plus près des besoins et des soucis de la population qui les entourait. Aujourd’hui, l’extension de l’ingénierie financière, la mise au point de produits dit structurés, de plus en plus complexes même pour ceux qui les utilisent quotidiennement, creuse un fossé entre les banquiers et la majorité de leurs clients. C’est pourquoi il faut préserver une vraie familiarité entre le banquier et ce client, déposant, emprunteur ou acheteur de services spécifiques. Il ne s’agit pas de faire des banques des institutions charitables, ni des services sociaux. Mais elles doivent rester des animateurs de l’économie réelle, des soutiens de la création de richesses et de l’esprit d’entreprise. Face aux excès de la mondialisation et à l’affaiblissement des administrations, elles doivent être un point central de toute communauté.

Pour conclure, je ne reviendrai pas sur ce que j’ai déjà dit il y a un an sur la langue, les valeurs et la coopération bancaire francophones. Je me félicite simplement de ce que la graine semée lors des Sommets de Québec en 2008 et de Montreux en 2010, ait germé et que la place du français comme langue économique, scientifique et technique soit reconnue et défendue par des acteurs nouveaux et nombreux. Après la création du réseau des Associations Professionnelles Francophones en octobre 2011, après la tenue du premier Forum mondial de la Langue française à Québec en juillet 2012, votre rencontre est la preuve de cette vitalité. Elle est le plus neuf et un très prometteur rameau du grand arbre de notre Francophonie.

Je vous remercie de votre attention.

Documents à télécharger