Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Genève, le 23 juin 2010

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Discours de M. Abdou Diouf - Genève, le 23 juin 2010

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de la 7e Conférence des OING/OSC

À quelques mois de la tenue du 13e Sommet de la Francophonie que la Suisse accueillera en octobre prochain, c’est avec un immense plaisir que je retrouve Genève, cette cité qui illustre depuis si longtemps une approche et une pratique des relations internationales fondées sur le dialogue, l’ouverture et la coopération.

Deux ans après notre rendez-vous de Caraquet, je suis heureux de retrouver les représentants de la Société civile francophone rassemblés à l’occasion de cette 7e Conférence des Organisations internationales non gouvernementales et des Organisations de la Société civile. Je me félicite de vous voir réunis si nombreux aujourd’hui. Mais une personne nous manque et son absence pèse tragiquement sur nos retrouvailles.

Floribert Chebeya, assassiné le 1er juin dernier en République démocratique du Congo, devait être parmi nous aujourd’hui pour représenter l’Union interafricaine des droits de l’Homme, organisation accréditée auprès de la Francophonie. Président de la Voix des sans voix, militant infatigable de la cause des droits de l’Homme dans son pays, il était également un partenaire fidèle de l’OIF mais aussi de votre organisation, Madame la Haut-Commissaire adjointe.

Floribert a laissé une famille de 5 enfants et une communauté des défenseurs des droits de l’Homme endeuillée. La disparition dans ces conditions d’un militant des droits de l’Homme nous fait mal. Nos pensées vont vers sa famille et ses proches. Elles vont aussi vers les victimes qu’il défendait avec tant de courage. Sa disparition doit renforcer notre détermination à lutter contre l’impunité. Au nom de toute la Francophonie et en mémoire de M. Chebeya, je vous demande de vous lever et d’observer une minute silence.

Mesdames, et Messieurs les délégués des OING et OSC, vos organisations constituent un des piliers de l’édifice francophone.

Longtemps avant la naissance de la Francophonie intergouvernementale, la Société civile francophone a, la première, donné vie à l’idée francophone, notamment grâce au dynamisme pionnier des corporations littéraires, en particulier les écrivains, les journalistes, les éditeurs et enfin les professeurs de français.

Depuis, votre rôle n’a cessé de s’affirmer au sein de la galaxie francophone. Vos actions stimulent, enrichissent, donnent davantage d’ampleur à celles de la Francophonie institutionnelle dans tous ses domaines d’intervention.

Aujourd’hui, pour remplir ses missions, la Francophonie a plus que jamais besoin d’une société civile active, omniprésente, endurante, authentiquement militante, gardant en mémoire le chemin parcouru et déterminée à occuper sa place dans la mise en œuvre de notre cadre stratégique décennal. Pour paraphraser Benjamin Constant qui affirmait : « un Etat fort suppose une société civile puissante », je dis qu’une Francophonie forte suppose une société civile puissante.

Depuis deux décennies et face aux effets trop souvent ravageurs de la mondialisation, nous avons vu, à l’échelle mondiale, les acteurs non-gouvernementaux mieux s’organiser et se renforcer pour faire avancer des idées novatrices, pour exercer face aux États, un contre-pouvoir nécessaire, pour mieux faire entendre la voix des citoyens. Dans le domaine des droits de l’Homme, dans celui de l’éducation et de la culture, celui de l’environnement et du développement durable, l’influence des OING et des grands réseaux qu’elles ont constitués, est devenue incontournable. Elles sont désormais systématiquement consultées et écoutées et on respecte l’utilité et l’efficacité de ce que certains appellent « la diplomatie non gouvernementale », qui donne aux efforts en faveur d’une gouvernance mondiale, cette dimension citoyenne et participative, cette forme complémentaire de légitimité démocratique qui contribue à accroitre la confiance de nos peuples parce qu’elle repose sur des valeurs fondamentales : celles de la diversité, de la solidarité et de la responsabilité.

Je sais que vous êtes farouchement attachées à votre autonomie et vous avez raison de l’être. Mais vous savez bien que pour mener les combats difficiles dans lesquels nous sommes engagés, pour affirmer avec plus de force nos valeurs et nos visions communes, pour renforcer la présence francophone dans les enceintes internationales, et ainsi contribuer plus efficacement au rayonnement du projet francophone à l’échelle mondiale, nous avons besoin les uns des autres.

Je souhaite donc que la Conférence francophone des OING/OSC soit ce précieux laboratoire d’idées pour un enrichissement permanent de notre pratique institutionnelle et politique, qu’elle soit un moteur de la mobilisation francophone, qu’elle soit un relais actif de nos actions de coopération.

Cette année 2010 est une année importante, une année de bilan. Nous célébrons les quarante ans de la Francophonie institutionnelle, et les dix ans de la mise en œuvre de la Déclaration de Bamako !

C’est donc un plaisir pour moi, Monsieur le Professeur Moussa Daff, président de la VIe Conférence des OING et OSC, de noter la présence, et la persévérance d’organisations qui prirent part au Symposium de Bamako en novembre 2000. La contribution de vos organisations à l’élaboration de la Déclaration de Bamako a été riche, déterminante et tout à fait exemplaire du travail que nous sommes capables de réaliser ensemble. Je pense, en particulier, aux importantes rencontres préparatoires qui s’étaient tenues à Sofia et à Paris, en juin 2000, et auxquelles nombre d’entre vous ont participé.

Vous allez vous pencher pendant une journée entière sur le bilan de la mise en œuvre de la Déclaration de Bamako et proposer des recommandations concrètes. Je serai très attentif à vos propositions et je veillerai personnellement à ce qu’elles soient transmises aux chefs d’État et de gouvernement lors du Sommet de Montreux.

Je voudrais aussi dire aux OING/OSC qui pourraient se sentir moins directement concernées par nos engagements en faveur de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme, que ce combat pour la mise en œuvre effective de ce texte doit aussi être le leur. Tant que les normes de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme ne seront pas au fondement de la culture politique des États, la diversité culturelle et linguistique, l’éducation universelle, le développement durable et solidaire ne pourront être garantis et promus dans des conditions satisfaisantes.

Oui, ce partenariat avec vous est d’une richesse et d’un potentiel immenses. L’OIF s’est renforcée et rénovée. Nous avons mis en route une nouvelle programmation quadriennale. Nous avons modernisé notre fonctionnement et nos méthodes de travail. Nous devons relancer dans ce contexte la dynamique de la conférence des OING francophones.

Aussi ai-je demandé à l’Administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Monsieur Clément Duhaime, et au Délégué à la paix, à la démocratie, aux droits de l’Homme, Monsieur Hugo Sada, de mettre en place un processus approfondi et concerté de réflexion sur le fonctionnement opérationnel de la Conférence francophone des OING/OSC, en vue de la rénover et de valoriser davantage la contribution de la Francophonie non gouvernementale, dont vous devez être la quintessence.

Les dispositions doivent être prises pour une consultation plus régulière, plus efficace, avec toutes les composantes de notre Organisation et en particulier les Directions de programme qui sont toutes présentes à cette Conférence. Vous reviendrez sur ces aspects vendredi, lors du dialogue sur le fonctionnement de la Conférence.

Monsieur le Président du comité de suivi, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Secrétaire d’Etat, Madame le Haut Commissaire adjoint, Mesdames et Messieurs les délégués, chers invités, je déclare ouverte sous ces auspices, la VIIe Conférence francophone des OING/OSC.

Je vous remercie de votre attention.

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