Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Montreux, le 22 octobre 2010

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Discours de M. Abdou Diouf - Montreux, le 22 octobre 2010

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de la remise à Liliana Lazar du Prix des 5 continents 2010

Il m’est particulièrement agréable, après Québec, de me retrouver à nouveau avec vous ici au Château de Chillon, sur les rives du Lac Léman, à Montreux, dans cette Suisse qui nous accueille à bras ouverts à l’occasion du XIIIe Sommet de la Francophonie.

Nos retrouvailles, ici au cœur de la Riviera vaudoise, dans ce merveilleux endroit bloc de tours sur un bloc de rocher, comme l’avait nommé Victor Hugo, nos retrouvailles dis-je, sont sous le signe de la littérature et sous la bonne étoile de la fille aînée de la Francophonie, je veux dire la Culture.

Et d’ailleurs, chers amis, pour ce banquet de l’esprit, pourrait-il y avoir lieu plus indiqué que cet endroit qui attira jadis quelques grandes figures de littérature qui ont noms Jean-Jacques Rousseau, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas ?

Pouvions-nous trouver meilleur lieu que celui qui inspira tant de poètes, parmi lesquels, il me plaît de citer, signe de notre ouverture à l’autre, le grand poète anglais Lord Byron.

La littérature, cette noble activité de l’esprit, nous pousse toujours sur de nouvelles routes et vers de nouveaux rivages. Elle nous sort de nos sentiers habituels pour nous ouvrir à de nouveaux horizons, sur des chemins où nous amassons de merveilleux trésors faits de mots multicolores surgis de légendes et de récits qui nous viennent de l’actualité ou du fond des âges, traversant un temps présent ou passé, des contrées éloignées et proches.

Par la littérature, que de récits, que d’histoires et de légendes dits, contés et écrits dans toutes les langues, autour des cinq continents !

C’est tout cela, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les distingués membres du jury, c’est tout cela qui fait la formidable magie de la littérature qui, comme vous le savez, en son expression la plus haute, demeure le lieu et le moyen les plus sûrs pour forger les âmes, et surtout, l’âme et le cœur des enfants qui sont la force vitale de la Francophonie de demain, ces enfants qui sont un trésor qu’il faut impérativement aider à grandir en humanité.

Humanité, ai-je dit ! Oui, en cette période, souvent de trouble et de désordre et dans un monde où l’homme s’inquiète et s’interroge encore, le combat que nous devons mener est aussi celui de comprendre que l’idée d’humanité est encore fragile et que nous devons veiller sur elle et demeurer au service de tout ce qui concourt à humaniser le monde, et donc de nous humaniser nous-mêmes. Et pour ma part, je demeure convaincu que la littérature peut et doit être aux avant-postes de ce noble combat, si essentiel, pour ces raisons, au devenir de notre humanité.

En consacrant les romanciers francophones, le Prix des cinq continents de la Francophonie se propose de contribuer au développement de la littérature qui est l’expression privilégiée de l’âme des peuples. Notre prix œuvre ainsi à l’émergence de talents littéraires tout en favorisant le dialogue des cultures.

Et s’il est vrai que la Francophonie a pris aujourd’hui une dimension qui l’a ouverte à bien des domaines tels les champs politique et économique, il n’en demeure pas moins vrai que nous devons toujours avoir à l’esprit le fait que la légitimité première de notre beau compagnonnage se trouve d’abord dans la langue et dans les valeurs culturelles et plurielles qu’elle véhicule.

C’est bien pour cette raison que je demeure convaincu que votre activité ainsi que le combat que vous menez, par l’esprit et par la plume, demeure l’un des plus beaux combats de notre Francophonie plurielle, cet humanisme intégral qui se tisse au tour des cinq continents.

Ce roman que nous consacrons ce soir, à l’occasion de la 9e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie, constitue un véritable parcours d’écriture qui nous conduit à Slobozia, à la lisière de la forêt moldave.

Là-bas, Victor Luca, avec le poids de sa force naturelle et celui de ses faiblesses primaires, est dans la barque de sa conscience qui tangue et vacille entre le bien et le mal. Il nous entraine dans son besoin de rédemption, cette quête qui le fait copiste chargé de restituer à la gourmandise des lecteurs les textes religieux interdits par le dictateur.

Nous sommes au pied des Carpates, sur cette terre, îlot de latinité dans une mer slave. Nous sommes en Roumanie, terre natale de Liliana Lazar, la jeune romancière, auteur de l’ouvrage Terre des affranchis que le prestigieux jury du Prix des cinq continents a fait surgir d’un lot de qualité pour le consacrer Prix des cinq continents de la Francophonie 2010.

Liliana Lazar, en recevant des mains de Kossi Efoui le témoin du relais, entre aujourd’hui dans le palmarès des lauréats du Prix des cinq continents de la Francophonie.

En apportant à la littérature de notre belle langue partagée le souffle des Carpates et les respirations du monde slave, elle nous livre une œuvre digne d’éloge.

Je voudrais pour clore mon propos, adresser mes chaleureuses félicitations à notre lauréate et remercier bien sincèrement notre jury pour la qualité de son travail et de son engagement en faveur de la Francophonie.

Je vous remercie.

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