Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - New York, 25 mars 2009

Réduire ce texte Agrandir ce texte Imprimer ce texte imprimer Envoyer ce texte envoyer

Discours de M. Abdou Diouf - New York, 25 mars 2009

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves.

«  Je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères, Je ne suis pas venu sur terre pour faire payer au monde blanc, par mon ressentiment, le malheur fait à mes pères ».

Ainsi parlait Frantz Fanon, et c’est ce langage que je veux vous tenir ce soir, un langage de solidarité et d’union, de fraternité et d’espérance.

Le souvenir de ce crime perpétré à l’échelle immense des siècles et des continents n’appartient pas à la seule mémoire et à la seule douleur du Peuple noir. Il appartient à notre mémoire collective, il est notre douleur partagée. Le nier, l’oublier, le taire, serait faire injure à tous ceux qui se sont battus, non pas en leur nom, mais au nom de ces valeurs universelles que sont la liberté, la fraternité et l’égalité.

Toussaint Louverture, Louis Delgrès, la mulâtresse Solitude, Martin Luther King, Nelson Mandela, Aimé Césaire, et des millions de héros anonymes, n’ont pas résisté et lutté pour que les bourreaux deviennent victimes, les colons colonisés, pour que soient entendues des revendications communautaires. Ils l’ont fait pour que nous puissions vivre, agir et avancer ensemble, libres et égaux en droits, unis dans nos ressemblances et riches de nos différences. Ils l’ont fait par haine de la haine, par amour de l’humanité. Et leur voix a été entendue et relayée par d’autres grandes voix - l’Abbé Grégoire, Victor Schœlcher, Abraham Lincoln – par d’autres héros anonymes.

En cette période de crises, où planent la tentation dangereuse du chacun pour soi et du durcissement identitaire, nous avons donc l’impérieux devoir de marteler leur message universel du vivre-ensemble afin d’allier nos énergies et nos créativités pour relever les défis globalisés, afin de combattre, partout, le racisme, les formes nouvelles de l’esclavage, les atteintes portées à la dignité de l’homme, parce que la pauvreté, les pandémies, les guerres, les violations des droits et des libertés, sont tout aussi intolérables, qu’elles frappent un homme ou une femme, un blanc ou un noir, un asiatique ou un arabe, un chrétien ou un musulman.

La Francophonie, terre d’embarquement et d’accostage de l’esclavage, la Francophonie, née, au lendemain de la décolonisation, d’une volonté d’émancipation, de liberté et de solidarité retrouvée autour de la langue française, expérimente, chaque jour, les formidables potentialités de l’unité dans la diversité, de la solidarité dans l’adversité. Cela requiert courage, audace et détermination, mais je sais que ce message ne pouvait trouver meilleure résonnance que dans cette enceinte dédiée à notre communauté de destin, dans cette ville bruissant des talents mêlés de tous les continents, dans ce pays qui a porté à la charge suprême un fils de l’Afrique.

« Je chante l’Amérique transparente, où la lumière est polyphonie de couleurs. Je chante un Paradis de paix. »

Ainsi parlait Léopold Sédar Senghor. Et c’est ce langage que je voulais vous tenir ce soir.

Je vous remercie.

Documents à télécharger