Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 2 octobre 2009

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 2 octobre 2009

Allocution prononcée par le Secrétaire général de la Francophonie à l’occasion de la 29e Assemblée générale de l’Association internationale des maires francophones, qui marque les 30 ans de l’AIMF.

Tout a commencé un soir de juin 1977. Vous veniez, Monsieur le Président, Cher Jacques CHIRAC, d’être élu maire de Paris, et vous avez lancé, au cours d’un dîner offert en l’honneur du corps diplomatique, l’idée d’une réunion des maires des capitales et métropoles ayant la langue française en partage.

Une idée née d’une conception exigeante des relations et de la solidarité internationales, une idée qui, avec la révolution urbaine de ces trente dernières années, répondait à un besoin majeur avant l’heure, une idée à la mesure de votre engagement politique, de votre engagement de cœur au service de l’idéal francophone, une idée, enfin, à la mesure de l’attachement que la France a toujours porté à la Francophonie, et que perpétue, aujourd’hui, le Président de la République Nicolas SARKOZY, qui a posé des actes majeurs en faveur de notre institution.

Tout a commencé ce soir de juin 1977. Deux ans plus tard, l’AIMF voyait le jour à Québec, parce que vous aviez très tôt rallié à ce formidable projet celui qui l’a porté avec ferveur et fidélité à vos côtés. Je veux parler de cet homme d’exception que fût Jean PELLETIER, Jean PELLETIER qu’incarnait, tout entier, cette devise qu’il avait faite sienne : « Combattez en face ».

L’AIMF n’a cessé, depuis trente ans, de combattre en face et victorieusement.

La Francophonie ne serait pas la Francophonie sans l’AIMF parce que vous êtes, comme j’ai eu l’occasion de vous le dire à Québec, l’an dernier, l’opérateur incontournable et unique de la Francophonie en matière de coopération décentralisée, en même temps que notre porte étendard de la démocratie de proximité.

La Francophonie ne serait pas la Francophonie sans l’AIMF parce que vous constituez, grâce à la langue qui nous fédère, une constellation coopérative aussi innovante qu’efficiente, fondée sur le partage. Partage des préoccupations et des solutions, partage des expériences et de l’expertise, mais surtout partage équitable où le Nord a autant à apprendre du Sud que le Sud du Nord.

La Francophonie ne serait pas la Francophonie sans l’AIMF parce que tout ce qui a été réalisé, depuis 30 ans, en matière de santé, d’état civil, de renforcement des capacités, d’adduction d’eau, d’assainissement, de centres de ressources, de construction et d’équipements d’école, de politique pour la jeunesse contribue à enraciner concrètement, au cœur des villes, les valeurs de solidarité, de fraternité, de démocratie, d’équité qui nous animent. Nous sommes résolument inscrits dans une même perspective de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement. Et je vous réitère, aujourd’hui, quelques jours après l’inauguration à Hué, de la première Maison des savoirs de la Francophonie, ma conviction que les populations de nos Etats membres auront beaucoup à gagner de la mise en synergie des savoir-faire complémentaires de l’OIF, de l’AIMF et des autres opérateurs.

La Francophonie ne serait pas la Francophonie sans l’AIMF parce que nous partageons la même ambition, celle de vouloir nous adapter aux mutations en cours pour mieux répondre aux attentes des hommes et des femmes que nous entendons servir. C’est elle qui vous a conduits, à l’instar de l’OIF, à réformer et à rationnaliser vos modes de gestion et de fonctionnement, à vous moderniser, à vous doter d’une programmation stratégique, autant d’avancées majeures dont j’ai pu prendre la pleine mesure, et que je voudrais, ici, saluer, tout en rendant hommage à votre Président Bertrand DELANOE qui a résolument marqué de son empreinte et de sa force de conviction cette évolution qui place désormais l’AIMF au rang d’acteur et de partenaire reconnu et respecté sur la scène internationale.

Mes Chers amis,

Toutes ces raisons suffiraient amplement pour que nous célébrions, dans la joie de l’amitié, un bilan sans appel.

Mais à quoi aura-t-il servi que l’AIMF ait, pendant 30ans, « combattu en face », si nous devions renoncer, pour les années à venir, à assumer un rôle marquant dans la transformation du monde ?

Ce rôle, la Francophonie ne pourra le jouer pleinement sans l’AIMF.

Car par-delà la diversité des spécificités institutionnelles, juridiques, économiques, sociales, culturelles, par-delà les disparités qui caractérisent, vos villes, nos villes, nous devons être bien conscients de l’universalité des défis qu’il leur faut relever.

Au Nord comme au Sud, la globalisation économique génère la métropolisation.

Au Nord comme au Sud, les grandes villes sont plus que jamais devenues un gage de développement incontournable.

Au Nord comme au Sud, les grandes villes sont devenues le miroir de la partition économique du monde, avec une ville du Sud dans chaque ville du Nord, et une ville du Nord dans chaque ville du Sud.

Au Nord comme au Sud, les grandes villes sont devenues le lieu où se consomme la majorité des ressources énergétiques.

Au Nord comme au Sud, les grandes villes sont devenues le lieu où se croisent, se brassent et s’affrontent parfois des ethnies, des cultures, des religions différentes, mais où, dans le même temps, s’accélère l’uniformisation des comportements sociaux et des modes de consommation.

Et c’est bien parce que les villes, au Nord comme au Sud, sont en première ligne face aux enjeux d’urbanisation, de développement économique, de cohésion sociale, de démocratie participative, d’équilibre écologique, de développement durable, mais aussi de dialogue interculturel, qu’elles peuvent devenir un lieu privilégié d’articulation entre le global et le local.

Un lieu identitaire, nécessaire et salutaire, à même de répondre à un besoin croissant de lien social, plus riche, plus proche.

Un lieu d’expression des valeurs citoyennes et de la démocratie participative.

Un lieu de rencontre, de dialogue, de partage, d’acculturation mutuelle.

C’est dire qu’il vous incombe, en tant qu’élus locaux, la lourde responsabilité, mais aussi la stimulante opportunité de transformer les villes en cités, en ouvrant la voie à de nouvelles valeurs sociétales, en développant une nouvelle gouvernance locale, et en proposant, par-là même, une alternative aux modes dominants de gouvernement de la mondialisation, nourrie des aspirations de ceux qui la vivent et trop souvent la subissent.

Je sais que c’est, animés de cette conscience et de cette volonté, que vous êtes réunis ici aujourd’hui, comme en témoigne le thème de vos Assises, tant il est vrai que le dialogue interculturel doit devenir un véritable mode de gouvernement local associant tout à la fois les acteurs locaux, les habitants, les politiques. Car, par-delà l’émergence de villes inclusives, par-delà la volonté de tirer le meilleur du pluralisme culturel pour éviter que n’en résulte le pire, c’est le développement économique d’un territoire, sa capacité d’innovation et de création, son aménagement harmonieux, sa qualité de vie, sa cohésion sociale, son patrimoine, mais aussi la garantie pour chaque citoyenne et citoyen de voir sa dignité respectée, qui sont en jeu.

Mes Chers Amis,

Victor Hugo disait : « Vouloir toujours, c’est le fait de Paris ».

Je veux voir dans la célébration, à Paris, de ce trentième anniversaire de la création de l’AIMF, la marque de la volonté qui vous animera, qui nous animera pour les années à venir, tout en remerciant chaleureusement, notre hôte le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, pour l’accueil et l’occasion formidable qu’il nous offre de proclamer, ensemble, la détermination fraternelle qui nous lie.

Je vous remercie.

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