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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 23 mai 2012

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 23 mai 2012

Prononcé lors de la remise des Prix Albert Londres

C’est avec un réel plaisir que je me joins à vous, une nouvelle fois, afin d’honorer les lauréats du Prix Albert Londres, à vos côtés, Monsieur le Président du Sénat, et Monsieur le Président directeur général de l’INA, et en présence de toutes les hautes personnalités présentes ce soir et d’amis que j’aperçois dans cette salle.

Voilà cinq ans que la Francophonie soutient le Prix Albert Londres, et ce n’est pas le fruit du hasard. Josette ALIA, qui s’est tant investie dans ce rapprochement, sait que ce partenariat s’est imposé à notre Organisation comme une évidence, parce que nous avions la conviction de regarder dans la même direction, d’être animés par les mêmes valeurs, de poursuivre les mêmes objectifs, tout en souhaitant que ce Prix puisse s’ouvrir progressivement à tous les pays de la Francophonie.

Certes, la Francophonie a d’abord vocation à intervenir en faveur des pays du Sud pour y promouvoir un journalisme de qualité, libre, indépendant et professionnel, parce que nous savons bien que la reconnaissance et le respect de la liberté de la presse constituent le meilleur baromètre de l’état des pratiques de la démocratie et des droits de l’homme. Il n’est qu’à voir l’acharnement systématique avec lequel la presse est muselée et persécutée dans le cadre des régimes autocratiques ou dictatoriaux.

Certes les conditions d’exercice du métier sont souvent très différentes pour nombre de journalistes du Sud, confrontés à l’absence de moyens, menacés de poursuites pénales, d’emprisonnement, voire d’assassinat, et pourtant j’ai la conviction qu’au Nord comme au Sud, le rôle, la place, les droits et les devoirs du journaliste répondent aux mêmes aspirations, sont l’objet des mêmes questionnements, se heurtent aux mêmes défis.

Investiguer, débusquer la vérité, faire toute la lumière, couvrir les événements pour informer, éduquer, témoigner, dénoncer, risquer sa liberté ou sa vie pour briser l’ignorance, l’indifférence et le sentiment d’impuissance face à des misères qui cessent d’être muettes, des crises et des conflits qui cessent d’être orphelins, si lointains soient-ils : telles sont bien les missions qui réunissent, dans un même engagement, les journalistes du monde entier.

Et mes pensées vont en cet instant vers Gilles JACQUIER, mort le 11 janvier dernier en Syrie, vers Roméo LANGLOIS toujours retenu en otage par les Farcs, vers ces 22 journalistes qui ont perdu la vie depuis le début de l’année 2012, vers ces 157 journalistes qui demeurent emprisonnés au moment où je vous parle. Ces hommes et ces femmes qui, outre leur carte de presse, devraient obtenir la carte de citoyen d’honneur du monde. Mais comment, dans le même temps, concilier liberté de la presse et responsabilité sociale, comment faire prévaloir l’éthique en toutes circonstances, comment, trouver la meilleure façon de faire prospérer sa pensée sans heurter les convictions propres à chaque citoyen et mettre en péril l’unité nationale, notamment dans les pays en crise ou en sortie de crise ? Comment, par ailleurs, mieux prendre en compte les limites subjectives de l’exercice de la profession, avec la conscience aiguë que lorsque la presse se trompe, c’est l’opinion qu’elle trompe. Tels sont bien les questionnements qui réunissent, dans une même déontologie, les journalistes du monde entier.

Comment, enfin, faire évoluer le rôle du « journaliste citoyen » face à l’émergence de « citoyens journalistes », face à l’inflation d’informations diverses et variées sur Internet ? Comment mettre de l’ordre dans cette masse de données ou de rumeurs ? Comment certifier, hiérarchiser, organiser, mettre en perspective ces informations, pour favoriser l’analyse, susciter le débat, et contrebalancer le diktat de l’immédiateté et du sensationnel, ou la tentation du mimétisme médiatique ?

Tels sont bien quelques-uns des défis nouveaux qui réunissent, dans une même nécessité d’évolution, les journalistes du monde entier.

Je ne doute pas, Chère Annick COJEAN, chers membres du jury, que les deux lauréats que vous avez choisi de distinguer, ce soir, aient porté au plus haut degré cette responsabilité exigeante, ces valeurs et ces idéaux dans l’exercice passionné de leur métier. Permettez-moi, donc, en terminant, de leur adresser, par anticipation, mes félicitations les plus chaleureuses.

Je vous remercie.

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