Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 24 janvier 2005

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 24 janvier 2005

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie à la séance d’ouverture de la 2e session du Haut Conseil de la Francophonie - Paris (France).

C’est avec un très grand et très sincère plaisir que je vous retrouve toutes et tous aujourd’hui à Paris pour cette Deuxième session du Haut Conseil de la Francophonie. Je vous souhaite la bienvenue. Vous êtes ici chez vous, parce que vous faites partie de notre famille francophone, que vous portez ses valeurs, que vous exprimez sa richesse et sa diversité.

Plusieurs d’entre vous ont pris une nouvelle fois le temps de venir jusqu’à Paris pour ces réunions. Cet engagement, cette fidélité me réconfortent.

Je tiens, avec votre Vice-Président Boutros Boutros-Ghali, avec Christian Valantin, le Directeur du Haut Conseil et son équipe, à vous remercier de cette présence et de votre contribution à nos travaux.

Le Haut Conseil a cette particularité, dans notre dispositif francophone, outre votre grande indépendance d’esprit et de parole, de représenter le monde entier. Et aujourd’hui dans le contexte de cette mondialisation que nous devons tous ensemble équilibrer, maîtriser, humaniser, il s’agit là d’un atout essentiel, qui favorise l’ouverture et le rassemblement, seule méthode efficace pour affronter ces nouveaux enjeux mondiaux.

Cette année 2005 va d’ailleurs sans doute nous faire la démonstration de la pertinence de cette méthode. Si nous avons pu jusqu’à présent faire avancer très positivement dans le cadre de l’UNESCO le travail d’élaboration du projet de traité sur la protection universelle de la diversité culturelle, c’est précisément parce que nous avons voulu travailler résolument dans un esprit d’ouverture et de rassemblement, en particulier avec les autres grandes aires culturelles. Il nous reste quelques mois, d’ici la Conférence générale, pour faire aboutir ce traité. Quelques mois difficiles au cours desquels il va falloir encore plus serrer les rangs. Je sais que les uns et les autres, vous n’allez pas manquer d’oeuvrer activement au succès de ce projet. Je sais aussi que vous pouvez beaucoup nous aider à tirer les leçons de cette manière novatrice et prometteuse de travailler pour mieux rénover notre ambition francophone.

Toutes les organisations interétatiques et intergouvernementales, y compris la nôtre biensûr, sont soumises à de fortes contraintes dans leur fonctionnement. Elles ont un besoin vital que des apports intellectuels extérieurs de haut niveau les aident à élargir leurs horizons, à réévaluer le sens de leur action, à décrypter leurs perspectives d’avenir. Pour ma part, j’ai suivi avec un très grand intérêt les travaux du « Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement » mis en place aux Nations- Unies. Ses réflexions et ses propositions sont très enrichissantes et très fructueuses pour tous. Sachons utilement tirer profit de cette contribution.

Mais à ce besoin vital d’apports extérieurs, d’autres peuvent et doivent aussi répondre. C’est pourquoi j’attends toujours plus des intellectuels francophones. Sans eux, il manquera toujours quelque chose à la Francophonie. Je voudrais donc rendre hommage à notre éminent collègue Dominique Wolton pour le travail d’agitation d’idées, d’analyse qu’il a mené ces derniers mois et qui a abouti à la publication de ce numéro de la Revue Hermès qu’il dirige, et qui a été mis à votre disposition. Document de référence par la valeur de ses témoignages, sa rigueur, la compétence des intervenants qu’il a choisis, ce numéro nous aide à comprendre comment la Francophonie se situe par rapport aux mutations de notre temps.

Avant d’évoquer le travail de cette deuxième session, permettez-moi de vous rendre compte du suivi des propositions que vous avez bien voulu formuler lors de notre première session des 19 et 20 janvier 2004.

Les actes de cette session sont désormais disponibles, et reflètent parfaitement l’ensemble de vos réflexions et de vos débats. Je veux aussi vous remercier des contributions que vous avez apportées au Rapport 2004-2005 sur la Francophonie dans le monde. Ce rapport est devenu une publication estimée et attendue. Il paraîtra pour la journée internationale de la Francophonie le 20 mars prochain. Très brièvement je voudrais évoquer d’autres points importants.

Vous aviez évoqué l’an dernier le sujet important de l’enseignement du français en relation avec les langues nationales. Le travail engagé sur ce thème, sur une base régionale, par l’AIF et l’AUF rejoint vos réflexions. Il va se poursuivre et prendre de l’ampleur. Je vous rappelle qu’à Ouagadougou, il a été décidé de consacrer le prochain Sommet de Bucarest à l’éducation. Dans le cadre de la diversité culturelle, il est un autre secteur sur lequel vous avez fait porter votre attention, c’est celui des industries culturelles. Elles font incontestablement l’interface entre l’économie et la culture ; elles créent des richesses et des emplois ; l’administration du Haut Conseil a fait étudier la question, conjointement avec l’Agence intergouvernementale. Le rapport qui en est sorti est à votre disposition. L’interculturalité est un thème qui vous préoccupe. Sachez que je suis très soucieux d’entretenir avec l’Hispanophonie, la Lusophonie, l’Arabophonie ou le Commonwealth des relations de confiance et de travail sur des problèmes communs, comme ceux de la coopération et de la démocratie. Je n’oublie pas que vous avez introduit un nouveau concept, celui de « l’africanophonie », pour souligner l’importance que vous accordez aux langues africaines et à leurs expressions multiples. L’interculturalité en Francophonie, la relation entre communautés, implique le dialogue des cultures pour prévenir les conflits ethnico-culturels. Elle devient le facteur le plus important de la Paix. · La notion de démocratie culturelle émerge en Francophonie s’attachant notamment à préserver les droits des minorités. Partout où la Francophonie est intervenue, pendant les années 2003 et 2004, nous nous sommes efforcés de faire exister ce dialogue et de trouver des compromis qui sauvegardent un équilibre entre les droits et les identités de chacun. Les documents que vous avez reçus vous permettent de connaître, pour chaque pays en crise, les progrès et les difficultés de notre action.

Venons-en donc au sujet qui va nous occuper pendant ces deux jours : la démocratie, les droits de l’Homme et ce que nous appelons dans notre jargon le processus de Bamako. Après l’adoption de la Déclaration de Bamako, notre texte de référence, notre mode d’emploi en la matière, le Sommet de Beyrouth nous avait commandé de le mettre en application. La mise en oeuvre de cette Déclaration de Bamako aura été et reste pour moi une priorité et un sujet de préoccupation quotidien. Vous le savez la démocratie et les droits de l’Homme constituent des impératifs et des enjeux majeurs pour nous, avec toute la force de leur universalité, mais aussi toute la complexité de leurs problématiques par rapport aux réalités politiques du monde. Heureusement nous ne sommes pas les seuls à intervenir dans ces domaines, et les efforts de tous ceux qui s’y consacrent sont indispensables.

En Francophonie, nous avons beaucoup travaillé au cours de la période récente, à la fois pour systématiser et pour concrétiser nos interventions dans le cadre de la Déclaration de Bamako. Les premières réalisations significatives et originales - je citerai en exemple le développement de nos réseaux institutionnels - se mettent en place et commencent à produire leurs effets. Nous savons qu’il nous faut en permanence en renforcer l’efficacité, la réactivité, la capacité préventive axée sur l’action et la coopération en amont des situations de rupture. Nous savons qu’il nous faut aussi renforcer notre relation avec les autres acteurs concernés de la communauté internationale. Mais l’une des questions que je me pose constamment, parce que je suis convaincu qu’il s’agit d’une clé de notre réussite, et que je livre volontiers à votre réflexion, c’est celle de savoir comment construire la spécificité, la valeur ajoutée francophone sur ces questions.

Vous allez en débattre jusqu’à demain sous la présidence de Monsieur Boutros Boutros-Ghali. Vous allez entendre Madame Christine Desouches, Déléguée à la démocratie et aux droits de l’Homme, qui est au coeur de ce travail de mise en oeuvre des dispositions de Bamako. Vous entendrez également Monsieur Jacques Legendre, Secrétaire général parlementaire de l’APF, dont le rôle de vigie démocratique de la Francophonie est essentiel. Enfin le Professeur Joseph Maïla, expert auprès de la Délégation, viendra vous faire part de ses analyses. Je les remercie tous les trois d’avoir bien voulu répondre à notre demande. Je vous invite à vous souvenir des recommandations que je vous avais faites il y a un an : votre parole est entièrement libre et j’accueille d’emblée toutes les appréciations et les idées que vous désirez exprimer. Nous vous faisons une totale et absolue confiance pour faire avancer la Francophonie. La faire avancer par rapport à ce qu’elle est elle-même actuellement. La faire avancer pour ce qu’elle peut apporter au monde.

A cet égard, je compte sur vous pour ne pas vous limiter à l’espace francophone proprement dit. Nous sommes forcément concernés par les autres, il nous faut aller vers eux parce que nous sommes tous partie du même monde. La crise irakienne, les élections du 9 janvier en Palestine, ou celles qui se sont déroulées en Ukraine nous montrent l’ampleur du besoin de démocratie. Bien d’autres exemples concernant la problématique de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme méritent toute notre attention et peuvent nourrir nos réflexions.

Et puis bien sûr, le désastre provoqué en Asie du Sud par le tsunami nous a bouleversés. Mais il a aussi déclenché un élan de générosité universelle que nous devons mieux comprendre et dont nous devons tenir compte. En espérant que les promesses faites seront suivies d’effet, mais aussi que cette dynamique se mondialise et que l’Afrique, continent accablé, soit mieux prise en considération par la communauté internationale.

Le monde, surtout celui qui souffre, demande la démocratie, demande le respect des droits fondamentaux. Il veut que cessent la haine et les discriminations. Il veut être bien gouverné. Il veut plus de justice et d’équité. Il veut la paix.

Votre Haut Conseil est celui des francophones du monde entier. Il doit se pencher sur toutes les situations qui lui paraissent de nature à mieux mesurer les menaces et les dangers, ou à faire preuve d’exemplarité.

Vous le voyez, nos attentes vis-à-vis de vous sont considérables. Mais je sais que ce que vous nous apporterez nous aidera dans l’exercice de nos responsabilités.

Je dois d’ailleurs vous rappeler pour conclure, que notre dernier Sommet qui s’est tenu à Ouagadougou à la fin de l’année dernière, a été pour nous tous un très grand sujet de satisfaction. Nous avons vu en effet, et c’est là une étape très importante dans l’évolution de notre Organisation, la Francophonie être capable de réaliser un remarquable travail de synthèse et de clarification des axes de son action. En adoptant le Cadre Stratégique

Décennal que les Chefs d’Etat et de gouvernement avaient demandé d’élaborer lors du Sommet de Beyrouth, la Conférence nous a donné à la fois un précieux outil de travail pour recadrer nos programmes, leur donner plus de force et de cohérence, mais aussi un mandat précis pour remettre notre dispositif en ordre de marche dans le sens d’une plus grande simplicité, d’une plus grande efficacité et d’une meilleure lisibilité. Pendant vos travaux, je vous remercie de bien vouloir garder en tête ces orientations nouvelles qui vont marquer notre travail au cours des prochaines années.

Je vous souhaite un bon travail, en vous disant que je vous retrouverai demain pour écouter vos conclusions et en débattre avec vous.

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