Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 24 janvier 2005

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 24 janvier 2005

Présentation des Voeux du Secrétaire général de la Francophonie - Paris (France).

C’est déjà la troisième fois que j’ai le grand plaisir de vous accueillir dans ces lieux pour la désormais traditionnelle cérémonie des voeux, une cérémonie qui doit rester, j’y tiens beaucoup, amicale et conviviale. C’est dans mon esprit avant tout un rendez-vous qui doit marquer un nouveau départ pour une année francophone dynamique et fructueuse. Une année qui doit multiplier les occasions de développer et de faire converger les efforts que les uns et les autres nous menons en faveur de l’ambition francophone.

Merci donc d’être là ce soir. Et je tiens en particulier à saluer la présence des membres du Haut Conseil de la Francophonie qui depuis ce matin se sont mis au travail sur le thème de « La démocratie, les droits de l’Homme et la construction de la paix dans l’espace francophone ».

La liste est longue des événements douloureux qui ont jalonné l’année 2004, dans nos pays membres et dans l’ensemble du monde. Je ne vais pas les énumérer. Je ne vais pas m’appesantir sur un bilan sombre qui pourrait nourrir notre pessimisme. Je souhaite seulement que nous ayons ensemble une pensée pour toutes les victimes de cette terrible catastrophe qui a frappé l’Asie du Sud le 26 décembre dernier. Comme les autres catastrophes qui ont touché plusieurs de nos pays membres ces derniers mois, au-delà de l’émotion et de la compassion, au-delà même de ce formidable élan de générosité que nous avons pu constater, ces événements doivent nous donner à réfléchir. Ils doivent nous aider à réévaluer notre manière d’exprimer notre solidarité, notre sens de l’échange et du partage.

Je ne vais pas non plus dresser un bilan des événements positifs, heureux de cette année 2004 qui ont sonné comme autant de notes d’espoir. L’espoir est toujours nécessaire pour nous guider et nous motiver, mais il ne suffit pas pour aller de l’avant. Employons-nous sans relâche, cette année encore à vouloir obtenir des résultats concrets, tangibles sur tous les chantiers dans lesquels nous sommes engagés.

Nous devons garder la volonté de contribuer à bâtir un monde épris de paix, de justice, de respect des identités et de la dignité humaine. La Francophonie veut faire prévaloir la raison et le dialogue, et elle est prête à apporter, conformément à sa mission, sa pierre à cet édifice de paix.

Il ne fait aucun doute que le Sommet de Ouagadougou, le Xème Sommet de la Francophonie, de retour en terre africaine, aura été le grand rendez–vous politique de la Francophonie de l’année écoulée. Placé sous le thème de la solidarité francophone pour un développement durable, ce Xème Sommet a été qualifié de « Sommet de la consolidation », de « Sommet de la maturité », de « Sommet de la synthèse ». Je m’en félicite. Vous y avez tous contribué.

La Francophonie a en effet réussi à consolider sa dimension politique et à affirmer une fois de plus sa vocation d’être un acteur à part entière des relations internationales, un acteur plus présent, plus actif et certainement plus entendu et plus respecté par nos partenaires. La Francophonie a dans ce contexte certainement gagné en visibilité et en crédibilité.

Ne nous arrêtons toutefois pas là et poursuivons ensemble cette mission en rendant notre Organisation encore plus militante pour défendre les principes et les valeurs auxquels elle est si profondément attachée. Le Sommet de Ouagadougou aura également été le Sommet de l’élargissement avec 7 nouveaux membres qui ont rejoint notre Organisation. C’est dire que la Francophonie devient de plus en plus attractive. Cette évolution positive doit donner à notre Organisation davantage d’atouts pour affirmer haut et fort les principes et les valeurs qu’elle entend défendre sur la scène internationale : la légalité internationale, le multilatéralisme, la diversité culturelle et linguistique pour n’en citer que les principaux.

La Francophonie élargit donc son espace politique de coopération fondé sur le partage d’une langue. Je me réjouis des nouvelles adhésions car elles enrichissent notre communauté, elles devront conforter la place de la langue française et renforcer le poids de la communauté francophone sur le continent européen. C’est là un défi difficile, nous le savons, mais face auquel nous devons montrer notre ardeur et notre détermination. Et j’en appelle avec force à tous nos Etats membres pour qu’ils s’impliquent davantage dans ce combat vital qui mérite tous les efforts.

Durant l’année à venir, la Francophonie continuera à oeuvrer pour la paix, à s’impliquer dans la résolution des conflits et dans la gestion des crises, à privilégier la négociation politique, à contribuer à réduire la durée des processus de sortie de crise et enfin à favoriser la réussite de ces transitions.

Conjuguant nos efforts avec ceux des autres partenaires bilatéraux et multilatéraux, plaidant sans relâche pour mobiliser davantage la communauté internationale, nous poursuivrons, dans le cadre de la Déclaration de Bamako, notre action en République centrafricaine, en République Démocratique du Congo, en Haïti et en Côte d’Ivoire. Dans tous ces Etats francophones, l’année 2005 sera celle de rendez-vous décisifs pour leur avenir, donc pour l’avenir de toute notre communauté. Nous sommes tous concernés par ces échéances très importantes. Nous sommes lucides sur les difficultés. Mais nous devons refuser toute forme de résignation.

Pour la première fois dans son histoire, les institutions francophones se sont dotées à Ouagadougou d’un agenda qui fixe clairement pour une période de dix ans, les axes stratégiques de leur intervention et les domaines prioritaires de notre action multilatérale. Nous savons désormais que nous allons resserrer notre action autour de quatre missions stratégiques : la promotion de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique ; la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme ; l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ; et enfin, la coopération au service du développement durable et de la solidarité.

Les priorités sont dorénavant claires, impératives et cohérentes. Allons de l’avant dans cette direction sans perdre de temps.

Le cadre stratégique décennal doit nous permettre de progresser dans la mise en place d’une organisation renforcée, d’une organisation capable d’agir concrètement pour soutenir les efforts de développement durable de ses pays membres. Parallèlement, nous devrons veiller à ce que la nouvelle programmation quadriennale traduise fidèlement ces priorités. L’année 2005 sera dans ce contexte l’année des réformes. Nos structures internes devront être adaptées pour mettre en oeuvre le cadre stratégique et le traduire dans la réalité. Enfin, de nouvelles méthodes de travail, plus innovatrices, plus rationnelles, seront nécessaires. Vous le savez bien, ma préoccupation permanente est d’améliorer le fonctionnement de nos institutions et la coordination de nos activités, de simplifier nos méthodes de travail, et de voir améliorer l’articulation globale entre nos opérateurs.

Ces réformes ne recherchent qu’un seul objectif : celui de renforcer la cohésion, l’efficacité et la visibilité de notre action. Je compte dès lors sur votre appui et sur votre collaboration pour cette grande entreprise qui constituera l’axe prioritaire de mon action en 2005. Je rends hommage au travail et aux progrès réalisés par nos opérateurs, à leurs responsables et à tous les agents dont j’apprécie au quotidien le dévouement et sur lesquels je compte m’appuyer pour réaliser les objectifs que je viens de mentionner.

2005 sera également l’année de la diversité culturelle. Suite à la mobilisation sans précédent de tous les acteurs de la Francophonie et de ses partenaires durant l’année écoulée, et à notre engagement propre dans ce domaine, des progrès significatifs ont été enregistrés sur ce dossier de la diversité culturelle, à l’UNESCO, pour l’adoption d’un instrument juridique international contraignant. La diversité culturelle et linguistique est, je vous le rappelle, au coeur de l’action engagée par la Francophonie. Elle est devenue un enjeu politique, car sans diversité culturelle dans l’actuel processus de mondialisation, nous courons le risque de voir fragiliser le dialogue des cultures, l’équilibre d’un monde multipolaire, de même que les valeurs fondamentales de la paix, de la justice et de la démocratie.

Il nous reste, cette année, quelques mois à peine pour obtenir l’adoption d’une Convention internationale sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Il s’agit d’une étape cruciale, et je vous demande de multiplier vos efforts et de poursuivre cette mobilisation de tous les acteurs et partenaires, afin que la Francophonie puisse accomplir cette mission. Je vous rappelle que l’avant-projet de convention avait reçu un bon accueil de la part de la grande majorité des Etats en septembre dernier. Les derniers travaux du Comité de rédaction sont encourageants. La deuxième réunion gouvernementale va se tenir dès février. Elle peut constituer un tournant dans la dynamique de négociation. Je tiens à m’adresser aujourd’hui au groupe francophone. Le rôle que ce groupe a joué jusqu’à présent a été très positif. Il s’est positionné comme un élément moteur de la négociation. Il doit dès maintenant relancer son action avec encore plus de détermination aux côtés des autres groupes et des grands pays engagés dans le succès de cette entreprise. Je le dis avec insistance en précisant que l’OIF est plus que jamais disposée à leur apporter tout l’appui nécessaire.

Notre engagement en faveur de la diversité culturelle et linguistique aura encore plus de crédibilité si nous progressons de manière significative en 2005 dans la promotion de notre langue française.

La Francophonie a développé en 2004, et c’était une première, une action multilatérale de sensibilisation et de promotion du français à l’occasion d’un événement ayant un immense impact médiatique : celui des Jeux Olympiques d’Athènes. Avec nos moyens, nous avons réussi à développer une action hautement visible qui a eu le mérite de nous alerter sur les risques sérieux de marginalisation de la langue française, si la communauté francophone n’entreprend pas une action plus offensive pour défendre le français en toutes occasions.

Il en va de même de la promotion et la défense du français au sein des organisations internationales qui continueront, cette année encore, d’être une priorité constante de notre Organisation. Face au déclin et aux menaces qui pèsent sur le plurilinguisme et sur le français dans les organisations internationales, onusiennes ou régionales, la Francophonie doit rendre ses interventions encore plus efficaces en mobilisant ses pays membres. Elle doit renforcer ses relations avec d’autres organisations internationales, en particulier en Europe et en Afrique. Enfin, elle doit approfondir ses partenariats avec d’autres aires linguistiques. Il en va de l’avenir du français comme grande langue internationale de communication.

J’en viens à présent au partenariat rénové avec la société civile.

La Conférence ministérielle de Ouagadougou a approuvé les nouvelles directives qui régiront dorénavant les relations entre les instances de la Francophonie et les organisations de la société civile. Aujourd’hui plus que jamais, cette société civile constitue l’avant-garde de ce que sera le monde de demain : un monde fait de diversité, de tolérance et de solidarité. Acteur incontournable, la société civile doit contribuer beaucoup plus largement et beaucoup plus directement aux efforts menés par la Francophonie dans tous ses domaines d’intérêt.

C’est dire que ce dossier revêt une grande importance pour nous. Le processus de mise en oeuvre de ces nouvelles directives a d’ores et déjà été initié, permettant d’identifier nos futurs partenaires. Ces avancées aboutiront à une véritable redynamisation de la Conférence des OING qui, je l’espère, pourra se tenir avant l’été de cette année, avec un partenariat plus riche, plus fort et plus représentatif et donc plus crédible. A l’instar d’autres organisations internationales, la Francophonie aura ainsi fait preuve d’adaptation aux réalités internationales.

Je voudrais, pour terminer, évoquer trois autres points auxquels j’attache de l’importance.

Le premier concerne notre chaîne multilatérale francophone TV5. En 2004, nous avons perdu notre cher Serge Adda qui nous manque beaucoup ce soir. Nous devons tous être fiers des hommages qui lui ont été rendus, à lui et au travail qu’il a accompli, et que les équipes de la chaîne et la Présidente par intérim poursuivent avec conviction. Tous ensemble, nous aiderons le successeur de notre regretté Serge ADDA à développer TV5, à renforcer son rayonnement mondial, à préserver l’originalité de la démarche et de l’ambition de ce média francophone exemplaire.

Le second concerne la Maison de la Francophonie.

Lors du Sommet de Ouagadougou, le Président de la République française a tenu ses promesses faites à Beyrouth sur la grande Maison de la Francophonie qui devrait être disponible vers la fin de 2006 ou le début de 2007. Cette annonce nous réjouit profondément, car dès cette date, tous les services de la Francophonie, tous les opérateurs seront regroupés sous un même toit. Ce regroupement sera propice à une plus grande cohésion et une meilleure efficacité de notre action globale. Je remercie une fois encore les autorités françaises pour les efforts consentis dans ce sens. Un grand merci à Monsieur le Président de la République française. Nous lui sommes très reconnaissants pour cette inestimable contribution qui montre son attachement personnel et celui de la France envers notre Organisation.

Enfin je veux dire un mot de notre grand projet concernant la célébration de l’année Senghor en 2006.

Nous commémorerons en 2006 le 100ème anniversaire de la naissance du premier des grands fondateurs de la Francophonie : Léopold Sédar Senghor.

Je souhaite vivement que durant l’année 2006, nous puissions faire revivre tout ce qu’il nous a apporté, faire connaître la modernité de son héritage. Je ne doute pas que le succès de cette commémoration, qui retracera les grands moments de notre illustre intellectuel et homme d’Etat, donnera une visibilité accrue à la Francophonie sur la scène internationale.

Je souhaite que nous puissions ensemble poursuivre notre route commune durant cette nouvelle année, et je vous adresse, à toutes et à tous, mes voeux ; à vous et à vos proches, mes voeux les plus chaleureux de bonheur personnel et de réussite professionnelle. Je vous remercie de tout ce que vous faites pour faire vivre la Francophonie avec ardeur, conviction et talent, afin de la rendre toujours plus utile et toujours plus performante.

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