Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 28 janvier 2005

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 28 janvier 2005

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie devant le groupe des Ambassadeurs francophones à l’UNESCO - Paris (France).

Je tiens d’abord à saluer l’initiative qu’a prise le Président de votre groupe et son Bureau de nous réunir aujourd’hui. Nous sommes, en effet, à la veille de la tenue de la Deuxième session de la Rencontre intergouvernementale d’experts sur l’avant-projet de Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Cette session fait suite aux travaux du Comité de Rédaction et à ceux de la première session des experts intergouvernementaux, au cours de laquelle ont été examinés les grands principes fondant l’avant projet et les propositions d’amendement à ce premier texte.

Nous savions tous que le processus lancé lors de la dernière Conférence générale de l’UNESCO [en vue de l’établissement d’un projet de Convention] allait nécessiter beaucoup de travail et une grande vigilance. La nature des enjeux et la complexité des questions qui sont soulevées tout au long des travaux expliquent largement cette situation. La quantité d’amendements proposés pour chaque article de l’avant-projet est considérable, comme dans toute négociation multilatérale de haut niveau. Le nombre d’intervenants et la diversité légitime des préoccupations à intégrer dans le texte font qu’à ce stade, il est normal que les représentants de vos Etats s’interrogent sur les propositions à privilégier. Si en la matière, la diplomatie efficace doit rester l’art du bon compromis, il faut néanmoins ne pas se perdre dans cette forêt des propositions d’amendement et veiller à maintenir la force et la cohérence et le caractère substantiel de ce texte. C’est à cette tâche que vous devez à présent vous atteler.

Dans ce contexte, il m’est apparu utile, avant l’heure fatidique pour tous les participants à cet exercice, que l’occasion vous soit offerte de faire le point à la lumière des objectifs que nos Etats se sont fixés depuis 2001 pour une Convention sur la Diversité culturelle qui soit crédible. Plus que jamais, il importe de garder à l’esprit ces objectifs. Ceux-ci ont été largement rappelés lors du Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de la Francophonie, tenu à Ouagadougou en novembre dernier.

Je suis venu aujourd’hui vous rappeler la très haute importance, aux yeux de la Francophonie, des enjeux dans le débat en cours. Vous aurez ensuite l’occasion, avec l’éminente experte Madame Ruiz-Fabri, d’examiner plus en détail les diverses facettes des négociations actuelles. Je tiens à la remercier d’avoir bien voulu accepter de mettre son expertise à votre disposition. Madame Ruiz-Fabri a participé aux travaux du Comité de rédaction en décembre et s’est familiarisée avec les stratégies et les préoccupations de plusieurs groupes d’Etats.

La grande difficulté, nous la connaissons bien. Elle réside dans le fait que la capacité des Etats d’agir en faveur de la création et de la diffusion culturelle est mise en cause par l’évolution des concepts dominants en commerce international. Un certain nombre d’intervenants majeurs soutiennent que la culture est une marchandise comme une autre et doit être soumise aux processus de libéralisation en cours pour l’ensemble des secteurs des échanges commerciaux internationaux. Si au cours de cette négociation leur thèse triomphait, les pouvoirs publics se verraient interdire à l’avenir d’intervenir en faveur du développement culturel, désormais soumis aux strictes lois du marché, et, partant, aux phénomènes de concentration et d’uniformisation qui caractérisent l’économie mondiale aujourd’hui.

On comprend, dans ces conditions, que nos Etats et gouvernements aient tenu à s’engager à agir dans le but de sauvegarder leur capacité d’intervention dans le domaine culturel.

Pour que cet objectif soit atteint, vous allez devoir veiller à ce que le futur instrument s’impose en droit, revête un caractère contraignant pour les parties signataires. La Déclaration sur la Diversité culturelle de 2001 que vous avez adopté ici à l’UNESCO a représenté une étape très importante dans le cheminement du dossier de la diversité à l’échelle multinationale. Les principes qu’elle met en l’avant doivent se retrouver largement dans la future convention. À elle seule, la Déclaration n’a pas de portée juridique et ne peut être opposée à d’autres instruments internationaux. Si l’on veut protéger la diversité culturelle au niveau mondial, il faut accepter de s’imposer des disciplines.

Le second point sur lequel je veux insister c’est le fait que, dans cette négociation, il faut tenir compte du fait que la diversité culturelle n’est pas l’affaire des seuls Francophones. La quasi-unanimité des Etats qui ont eu à se prononcer à la dernière conférence générale de votre organisation sur la question s’est prononcée en faveur de la Convention. L’ampleur de la coalition que forment les trois espaces linguistiques, l’ensemble ibéro américain aux côtés de la lusophonie et de la Francophonie qui coopèrent ensemble en vue de promouvoir cette diversité, en témoigne, sans compter le soutien de bien d’autres groupes. Au niveau de la société civile, l’apparition de coalitions nationales de producteurs culturels un peu partout dans le monde aussi. Ce sont ces attentes très fortes qu’il ne faut pas décevoir. Le moment est venu de les traduire concrètement dans le droit international positif et de réussir à franchir avec succès cette étape.

En troisième lieu je rappelle que le volet de ce traité portant sur la coopération est capital. Seule une coopération internationale dynamique permettra de donner aux créateurs et aux producteurs de tous les pays des chances réelles de s’épanouir, et de permettre aux échanges internationaux de contenus culturels de connaître une forte expansion. Il vous appartiendra au cours des travaux qui débutent lundi de décider des moyens à mettre au service des objectifs que je viens de rappeler. Sans vouloir me prononcer sur les détails du texte, il me semble que l’avant-projet élaboré à la demande du Directeur général, M. Matsuura, dont il convient de saluer le rôle positif dans ce dossier constitue une bonne base de travail. Les débats ne seront pas nécessairement toujours d’une grande limpidité, car les termes en sont complexes et parce que certains, comme vous le savez, ont intérêt à faire traîner les choses en longueur. Des préoccupations fort légitimes, qui n’ont pu encore être prises en compte dans l’avant-projet, devront trouver moyen de s’y exprimer. Et, au nom même de la diversité que nous cherchons à promouvoir en adoptant la future convention, il ne saurait être question d’enfermer vos débats dans un carcan fait d’uniformité.

Il faut qu’à l’issue de vos travaux, on puisse clairement affirmer, sans être contredit par les textes, que la culture n’est pas une marchandise comme les autres, dont la circulation est régie dans le cadre des accords en matière de politique commerciale. Il faut que les pays du Sud aient trouvé leur compte à travers les dispositions en matière de coopération que vous serez appelés à adopter à la prochaine Conférence générale. Il faut, enfin, que la Convention soit adoptée cette année, afin que les règles du jeu en matière de développement aient été déterminées à l’UNESCO et non dans d’autres enceintes. Il faut, en outre, un dispositif de règlement des conflits rapide et efficace.

Les obstacles qui restent à franchir sont nombreux, les oppositions résolues. Les intérêts en cause sont considérables, il ne faut pas se tromper. Une mobilisation constante de votre part au cours des prochains mois va être indispensable. Je puis vous assurer que la Francophonie est à vos côtés, pour vous appuyer dans votre travail avec toutes les ressources dont elle dispose.

A Ouagadougou, nos Chefs d’Etat et de gouvernement se sont clairement et fermement engagés sur cette politique et sur ce projet de convention. Il faut que nous tenions compte de leur volonté politique.

J’ai donné moi-même des instructions pour que l’OIF intervienne chaque fois que vous le jugerez utile. L’OIF est mobilisée, conformément à ce qu’ont voulu nos Chefs d’Etat et de gouvernement. Vous pouvez compter sur nous en permanence.

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