Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 4 février 2010

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 4 février 2010

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors du Séminaire d’entreprise de l’Agence universitaire de la Francophonie

Monsieur le Recteur,

Soyez vivement remercié de m’avoir invité à prendre la parole à l’occasion de la matinée d’ouverture de ce séminaire des cadres de l’Agence universitaire de la Francophonie, en passe manifestement de devenir un événement annuel.

Dès lors que l’Organisation internationale de la Francophonie accueille en ses locaux son partenaire en ce début d’année de son 40e anniversaire, je ne donnerais pas la pleine mesure de ce séminaire où nous nous retrouvons aujourd’hui si je n’en soulignais pas la configuration : rencontre de la Francophonie institutionnelle et de la Francophonie de l’excellence universitaire, partenariat complémentaire ayant pour objet la même ambition de porter la même culture opérationnelle, les mêmes valeurs d’entreprise.

J’y prends d’autant plus volontiers la parole que cette matinée est placée sous le sceau de la concertation, de la convergence des programmes et, pour plus d’un cas de figure rencontrés, du partenariat de plus en plus étroit qui se développe entre l’Organisation internationale de la Francophonie et nos Opérateurs, au premier chef l’AUF, qui - faut-il le rappeler ? - fêtera ses 50 ans en 2011.

La concertation, en somme, n‘attend plus que je la loue : nous voici tous ensemble ce matin, à l’OIF, pour concrétiser nos échanges de vues.

Mais la convergence des programmes, quant à elle, mérite encore et toujours d’être saluée. Elle repose foncièrement sur la teneur des programmations quadriennales 2010-2013 respectives de l’OIF et de l’AUF, qui, l’une comme l’autre, en plein accord avec notre cadre stratégique décennal, visent explicitement des résultats concrets pleinement réalisés qui induisent un pilotage conduit lui-même par les résultats escomptés.

Cette collaboration étroite de l’AUF avec l’OIF, il convient de la rappeler et de la souligner avec chaleur. Celle-ci réside largement, et de façon heureuse, dans le projet des Jeunes Volontaires francophones et dans l’initiative conjointe qui concerne la formation des maîtres, l’IFADEM, désormais très avancée au Burundi et au Bénin.

Je salue ici la volonté des deux partenaires de la poursuivre dans les pays où les effets positifs de l’expérience peuvent être aujourd’hui dûment mesurés, mais aussi de rester déterminés à la mettre en place, cette année encore, pour répondre sans attendre à la cruelle épreuve qui vient de frapper Haïti et a détruit son système d’éducation de façon à peu près générale.

Monsieur le Recteur,

A nouveau, je vous présente, à votre réseau comme à vous-même, les condoléances les plus vivement ressenties de toute la Francophonie à l’occasion du drame qui vient de toucher l’Agence universitaire en Haïti. Je sais que vous avez été personnellement très affecté par la lourde perte de collaborateurs dévoués.

J’adresse également, tout particulièrement, ces condoléances à Monsieur Kinvi LOGOSSAG, Directeur du Bureau des Caraïbes, qui est ici présent parmi nous.

Mais je me dois également de féliciter très sincèrement toute votre équipe, à Port-au-Prince comme à Paris et à Montréal, pour avoir si courageusement assumé quotidiennement les événements, offrant leur aide aux survivants et aux familles, alors que ce que les uns et les autres avaient à affronter était, pour chaque personne impliquée, humainement très éprouvant.

Toute la communauté internationale s’est mobilisée à la nouvelle du désastre. L’ampleur de la solidarité humaine a été à la mesure de cette tragédie.

Maintenant, c’est toute la Francophonie qui est appelée à contribuer à la reconstruction d’Haïti et faire en sorte, de façon urgente, forte et significative, que ce pays redevienne un Etat viable de notre espace francophone.

En cette année qui fête les indépendances africaines, il est juste de rappeler que la première République noire, fondée en 1804, a universalisé des droits humains qui sont aujourd’hui au cœur du débat et des valeurs de la Francophonie. Or, le défi de la reconstruction est complexe car il s’agira demain de changer complètement la structure d’un de nos Etats et de remédier à un système social et éducatif défaillant.

Nous savons que les effets positifs de l’initiative IFADEM peuvent être d’ores et déjà mesurés dans les pays où le dispositif est en place et les premières formations réalisées. Cela doit nous encourager à ne pas céder devant l’adversité et à continuer à mettre en place le dispositif IFADEM en Haïti. Le tremblement de terre ici aussi a laissé des séquelles. Mais si le Président du Comité national haïtien d’IFADEM n’y a pas survécu, les équipes, elles, sont sauves.

Il est donc permis d’espérer que la formation de formateurs n’accusera pas de retard excessif et qu’elle rejoindra celle des autres pays pilotes dès que possible. Son extension permettrait, dans une montée en force, de rendre à Haïti ce service essentiel qui sera de lui permettre de reconstituer son système d’éducation national.

Nous ne pouvons faire l’économie d’une large réflexion sur les besoins et les attentes. En dépend l’avenir même d’Haïti qui n’a que trop souffert à ce jour et qui pourtant, cette fois encore, entend réaffirmer sa souveraineté et établir les priorités de sa reconstruction. J’insiste donc pour que les Haïtiens soient impliqués dans toutes les étapes de ce processus de reconstruction.

Ainsi, au milieu des ruines que la communauté internationale s’est engagée à reconstruire, l’utilisation des techniques et méthodes de la formation à distance qui sont un des axes majeurs de l’activité de l’AUF, de même que le Fonds des Inforoutes, tourné vers les établissements d’enseignement publics et privés agréés, seraient ici d’un précieux concours dans la restauration du système de gestion de l’éducation en Haïti.

Cependant, nous ne devrions pas attendre les effets d’une catastrophe naturelle pour porter attention à nos populations qui vivent dans la pauvreté. Ce sont aussi les Etats les plus pauvres qui ont été les plus durement éprouvées par la crise de l’automne 2008 et le ralentissement économique mondial qui a suivi.

Les objectifs du Millénaire restent toujours devant nous, attendant que nous les atteignions, et, de la leçon qui nous a été infligée à Haïti, à savoir que l’absence de services essentiels, où que ce soit, conduit à des conséquences funestes, notre solidarité francophone doit ressortir plus forte encore.

Il est clairement établi que, dans les politiques de développement, la coopération universitaire joue un rôle essentiel. Qu’au lieu de subventionner des projets ponctuels, vous entendiez soutenir ailleurs, dans d’autres régions où œuvre l’AUF, des projets communs, sera gage de réussite durable dès lors que ces projets rencontreront plus d’impact sur des bénéficiaires plus nombreux.

Pour les langues de scolarisation en Afrique subsaharienne que vous avez portées à votre ordre du jour sous leur sigle LASCOLAF, l’OIF, au titre de l’« enseignement du français en contexte multilingue », vous le savez, a initié de son côté un plan d’action pour promouvoir cette didactique convergente, en Afrique subsaharienne notamment.

L’OIF s’est engagée à soutenir le projet LASCOLAF pour la publication des études-pays en cours relatives à l’état des lieux de la situation linguistique et éducative. Issu des assises du français à Libreville en 2003, l’enjeu vise à affirmer la vision politique d’un choix qui concerne le système général de l’éducation dans les pays africains en vue de la transformation de leurs sociétés.

Tous mes vœux de réussite accompagnent également la réalisation des projets retenus dans le cadre du programme interrégional MERSI que l’AUF vient de mettre sur pied à l’avantage des universités des deux rives de la Méditerranée.

Cette démarche concertée contribuera, par delà les dissemblances et les mauvaises lectures toujours à l’œuvre, à fédérer les partenariats qui, acteurs de terrain des rapprochements, font vivre et confortent la diversité culturelle.

Je vous remercie de votre attention.

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