Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 4 mars 2011

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 4 mars 2011

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors du Sommet Bancaire Francophone 2011

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation qui m’a été faite d’intervenir à l’ouverture des travaux de ce premier Sommet Bancaire Francophone, organisé à Paris, sous le haut patronage du Président de la République française, Nicolas Sarkozy.

Comment, en effet, ne pas être heureux de répondre à cette initiative que l’on doit à l’Union des Banques Arabes, basée au Liban, ce pays qui est un des berceaux historiques des écritures commerciales et donc de la banque, et qui reste le foyer d’une Francophonie vivante et consciente des enjeux tant économiques que culturels d’un monde en pleine évolution ? Comment ne pas être satisfait de voir le point de vue de la Francophonie sollicité sur une activité aussi essentielle à la bonne marche des États que la banque ?

Puisque vous m’en offrez donc l’occasion, je voudrais articuler un bref propos introductif autour de trois points qui me tiennent particulièrement à cœur : la langue, les valeurs et la coopération bancaire.

La langue d’abord : vous avez très clairement placé ce Sommet sous l’égide de la Francophonie. Comment mieux dire que le français est, et demeure une langue de la finance, de l’économie et de la technique ? Comment mieux souligner que ses qualités de précision, son héritage historique, sa richesse juridique en font, aujourd’hui comme hier, un outil de travail et d’échange qui n’a rien à envier à d’autres langues ? Ceux qui l’ont en partage ne doivent donc pas hésiter à l’employer chaque fois que cela est possible. Renoncer à se faire clairement et utilement entendre, en cédant à l’emploi d’un squelette de langue mondialisée, n’est pas la meilleure façon de faire de bonnes et saines affaires. Et le français de la finance demeure suffisamment riche pour répondre aux besoins les plus exigeants.

Pour ce qui est des valeurs, la Francophonie défend et a toujours défendu la solidarité, la démocratie, la bonne gouvernance et la diversité culturelle. Or, comment les banques peuvent-elles fonctionner correctement sans paix civile, sans confiance et sans une bonne gestion des finances publiques ? Certes, une banque n’est pas une institution humanitaire, mais il y a bien des façons de veiller à ce qu’il soit fait un usage judicieux des ressources et de l’épargne, de manière à ce que l’économie assure le bien-être de tous. Et les concepts développés dans le cadre de la finance islamique montrent comment peuvent se rencontrer la prise en compte de la diversité culturelle, le souci d’une gestion adaptée à des contextes changeants, et le respect de valeurs communes à tous les hommes.

Enfin, la coopération bancaire constitue une dimension dont j’ai pu apprécier toute l’importance au moment où se développaient les systèmes bancaires africains. Sans cette coopération, les États africains n’auraient pas pu mettre en place des réseaux efficaces et former les cadres indispensables à leur fonctionnement. Ils n’auraient pas pu préparer la libéralisation de leur économie et le développement d’outils adaptés à un secteur privé encore balbutiant. Ils ne pourraient pas, aujourd’hui, travailler à la formalisation d’un secteur informel dynamique, mais toujours en panne d’investissement et en mal de transparence. La présence de banques déjà familiarisées avec ces problèmes et parvenues à un niveau de fonctionnement plus performant, ainsi que l’impulsion donnée par une concurrence bien dosée ont permis de bâtir des banques susceptibles, désormais, de faire jeu égal avec les grandes banques internationales. J’ajouterai que ces banques ont remarquablement résisté à la crise qui a mis en péril le système financier mondial il y a peu.

Ce premier Sommet intervient alors que le monde continue de chercher des solutions durables à une crise née de prises de risques trop importantes de la part de certains opérateurs bancaires, et menaçant les structures mêmes de l’économie et de la société.

Il doit donc vous permettre de définir des lignes d’action et de collaboration conduisant à une meilleure régulation, favorisant la diversification des économies et contribuant à la lutte contre la pauvreté.

Les citoyens, vos clients, attendent de vous les moyens d’exprimer leurs capacités d’innovation, de mener à bien leurs projets et de constituer un tissu d’entreprises correspondant aux besoins des différentes classes de la population et aux avantages comparatifs dont dispose chaque pays.

J’en reste convaincu : sans un système bancaire sain, à même de libérer les initiatives tout en assurant les garanties nécessaires, tout cela est impossible. Tel est bien le défi exigeant auquel vous avez choisi de répondre.

Aussi, tout en vous félicitant une nouvelle fois pour cette initiative, je tiens à vous souhaiter le meilleur des succès dans vos travaux. Je vous remercie.

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