Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 20 juin 2011

Réduire ce texte Agrandir ce texte Imprimer ce texte imprimer Envoyer ce texte envoyer

Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 20 juin 2011

Discours prononcé par le Secrétaire général à l’occasion de l’Hommage à Jean-Marc Léger.

Comment parler de Jean-Marc Léger sans avoir à l’esprit le mot de « visionnaire ». Ce mot vous l’avez certainement entendu à plusieurs reprises au cours du colloque qui vient de se terminer.

Oui, Jean-Marc Léger était un visionnaire, cela est indéniable. Mais qu’est-ce qui fait qu’une personne développe cette capacité d’anticipation sur ce que sera l’avenir, qu’est-ce qui fait que quelqu’un est à même de saisir les enjeux de demain. A mon sens, plusieurs qualités doivent être réunies.

La première c’est qu’il faut avoir un sens aigu de l’observation. Or, pour être un bon observateur, il faut avoir l’esprit ouvert. Cela est essentiel. Il faut être capable de voir les différences et de les apprécier. Celui qui a un esprit obtus est un mauvais observateur parce qu’il ne sait voir qu’à travers ses propres paradigmes, ses propres références. Pour bien observer, il faut être humble et savoir que les évidences sont parfois trompeuses et que les vérités sont souvent multiples. Il faut être tolérant pour voir sous la surface des choses leur sens profond.

La seconde qualité essentielle, c’est la rigueur. Etre un bon observateur c’est bien, mais encore faut-il savoir interpréter ce que l’on observe. Pour cela il faut être curieux, avoir des connaissances, être informé, avoir le souci de la vérité et, surtout, avoir un bon esprit d’analyse afin de tirer, sans complaisance, les leçons qui s’imposent et dégager de ce que l’on observe les lignes de force qui forgeront le monde de demain.

La troisième qualité du visionnaire, de ce genre de visionnaire qu’était Jean-Marc léger, c’est d’avoir la faculté d’imaginer et de concevoir la manière dont il pourra mobiliser des forces dispersées autour d’enjeux communs afin de répondre aux défis de demain. Pour cela, il faut avoir une pensée sociale développée, avoir un fort sentiment d’appartenance à un groupe, à une société. Pour Jean-Marc Léger, outre son Québec auquel il était très attaché, la Francophonie aura été sa patrie.

Toute sa vie, Jean-Marc Léger aura été porté vers l’avenir, vers le devenir. Non pas le sien, mais celui des autres, celui des peuples. Cette capacité qu’il avait de percevoir les enjeux de demain avec ce qu’ils comportent de défis à relever et d’espoir à combler, il l’aura mis au service des autres et de la Francophonie. Toute sa vie il aura été un militant. Un militant des causes qui lui tenaient à cœur. Il avait ce sentiment de la responsabilité qui incombe à chacun d’œuvrer en faveur du développement collectif.

Ses grandes motivations auront été, la solidarité avec les plus démunis, la soif de liberté et le droit à une information de qualité, le respect des droits de l’Homme et de la démocratie, l’acceptation de la différence et l’éducation. Encore et toujours l’éducation pour faire avancer le monde. Porté par ses convictions, son énergie et son sens du devoir, Jean-Marc Léger aura été, dès le début de sa carrière, de tous les combats pour faire progresser la Francophonie internationale. Il aura œuvré dans plusieurs domaines, mais toujours, la langue française en aura été le dénominateur commun.

Quand on analyse ce qu’est la Francophonie d’aujourd’hui, partout on retrouve la trace de Jean-Marc Léger. Il était à Niamey en 1970 lorsqu’à été signé l’accord qui créait l’Agence de Coopération Culturelle et Technique. Il en a d’ailleurs été le premier Secrétaire général mettant ses talents d’organisateur et ses convictions au service de la solidarité et posant les bases d’une organisation aux multiples facettes qui deviendra l’Organisation internationale de la Francophonie.

Mais bien avant cela il avait été Secrétaire général de l’Association internationale des journalistes de langue française. Il connaissait l’importance d’une presse libre et compétente pour le triomphe du droit, de la justice et de la démocratie.

Il aura aussi été le père fondateur de l’Association des Universités Entièrement ou Partiellement de Langue française, l’AUPELF comme on la désignait à l’époque, devenue depuis l’Agence universitaire de la Francophonie. Encore une fois une idée géniale puisque l’AUF compte maintenant environ 800 universités membres et son réseau déborde même largement le cadre de la Francophonie.

Tout au long de sa carrière, cet infatigable travailleur, d’une rare intelligence et d’une perspicacité qui ne s’est jamais démentie, a œuvré pour le développement des francophones où qu’ils se trouvent et pour le développement de la Francophonie multilatérale, instrument par excellence de la solidarité et du partage.

Son parcours est sans faille, sans relâchement, sans faiblesse. Toujours, il a été animé des mêmes convictions et du même désir de servir. Tout au long de sa vie, son action s’est articulée autour de ces deux choses, partager avec le plus grand nombre ses convictions et structurer les efforts de ceux qui, comme lui, voulaient servir.

C’est un grand bâtisseur de la Francophonie qui nous a quittés il y a quelques mois. Non seulement il en a été un des architectes les plus clairvoyants, les plus novateurs et les plus imaginatifs, mais il en a aussi été un des grands animateurs.

En 2010 nous avons fêté en grande pompe les 40 ans de l’OIF, mais il ne faut pas croire que la tâche a toujours été facile. Il a fallu convaincre, convaincre et convaincre encore. Jean-Marc Léger, le précurseur, aura été un infatigable promoteur de la Francophonie et il aura sillonné la planète pour la faire connaître.

Aujourd’hui, comme vous avez pu le constater, nous sommes logés dans de magnifiques locaux où, pour la première fois, l’ensemble de l’Organisation internationale de la Francophonie est rassemblée. L’OIF y est pour au moins 50 ans encore.

La Francophonie des 21 signataires du 20 mars 1970 à Niamey est maintenant composée de 75 membres et observateurs, mais elle est restée fidèle aux idéaux de ses pères fondateurs. La langue et la culture, l’éducation, la solidarité, le droit et la démocratie constituent encore aujourd’hui les grands chantiers de la Francophonie.

Il nous fallait rendre hommage à Jean-Marc Léger à qui nous sommes tellement redevables. Il nous fallait rappeler aux générations futures qui il était et quel héritage incommensurable il nous a laissé. Il nous fallait poser les jalons afin que sa vision reste toujours vivante dans notre esprit et dans celui de ceux qui vont nous suivre.

En nommant une de nos plus belles salles de réunion du nom de Jean-Marc Léger, nous voulons lui rendre hommage et perpétuer sa mémoire.

Je vous remercie.

Documents à télécharger