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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 14 septembre 2011

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 14 septembre 2011

Discours prononcé par le Secrétaire général à la cérémonie de remise du Prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix UNESCO.

Le temps n’a en rien émoussé l’ardeur des premiers jours, et je suis particulièrement heureux, en qualité de Parrain du Prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, de voir combien cette cérémonie est devenue un rendez-vous d’envergure. J’en veux pour preuve, Madame la Directrice générale de l’Unesco, la présence exceptionnelle, aujourd’hui, de nombreux chefs d’État et de gouvernement qui ont tenu à honorer et à rehausser de leur présence la remise de ce Prix. Je pense, également, à toutes les éminentes personnalités présentes dans cette salle, et qui me pardonneront de ne pas toutes les citer.

Le Président Houphouët Boigny, homme inspiré et inspirant, homme de sagesse et de paix, aurait été, en ce jour, doublement fier. Il aurait été fier, j’en suis convaincu, de voir, sous votre autorité M. le Président Ouattara, convoquées les valeurs qui étaient les siennes au service de la réconciliation, de la fédération des énergies, de la reconstruction pour que la Côte d’Ivoire retrouve durablement la voix de la prospérité, de la stabilité et de la paix.

Il aurait été fier, cette année encore, du choix éclairé effectué par les membres du Jury et son illustre Président, Mario Soares, avec le soutien précieux du Secrétaire exécutif Alioune Traoré.

Et je dois dire que je suis moi-même très ému de pouvoir, à travers vous Madame la Présidente Carlotto, rendre hommage à l’action des grands-mères de la Place de mai.

« Presque tout le secret des grands cœurs, disait Victor Hugo, est dans ce mot : PERSEVERANDO. »

PERSÉVÉRANCE est bien le maître mot qui a guidé votre engagement au mépris du temps, au mépris des intimidations et du discrédit que certains ont voulu jeter sur vous aux commencements.

Combien d’énergie, de détermination, de courage il vous a fallu pour triompher de tous ces obstacles.

Combien d’énergie, de détermination, de courage il vous a fallu pour rendre, enfin, leur identité, leur histoire, leur mémoire à ces centaines d’enfants pris en otage par une dictature qui avait fait de la disparition une arme de guerre, et qui savait qu’en enlevant vos enfants, elle enlevait le présent, qu’en enlevant vos petits-enfants, elle enlevait le futur.

Combien d’énergie, de détermination, de courage il vous a fallu pour que le silence coupable soit enfin brisé, pour qu’éclate la vérité et que cesse l’impunité.

Voilà plus de trente ans, vos enfants assassinés vous ont fait naître à la lutte.

Par votre action pugnace, à force de patience et d’amour, vous les avez, jour après jour, victoire après victoire, fait renaître à la vie.

Votre engagement, Madame la Présidente, l’engagement de toutes celles qui ont lutté et qui continuent de lutter à vos côtés forcent l’admiration. Mais il constitue aussi une formidable leçon, et ce bien au-delà des frontières de l’Argentine.

Il nous rappelle qu’on ne combat pas la violence par la violence, le crime par le crime, l’injustice par l’injustice, et que se battre en respectant le droit pour que soit respecté le droit, est le plus sûr chemin pour faire triompher les libertés, la démocratie et la paix.

Il nous rappelle aussi, à nous tous, citoyens, dirigeants, organisations internationales, que la société civile est devenue un acteur incontournable de la gestion des affaires du monde, tant au sein des nations que de la grande famille humaine. Par-delà l’indignation, l’interpellation, ce sont des avancées considérables, dans maints domaines, que nous devons accepter de porter au crédit de ces femmes et de ces hommes anonymes qui refusent la résignation, et qui ont choisi de repousser les frontières du possible au nom de l’inacceptable. Qu’on le veuille ou non, - et les mouvements de révolte plus ou moins amples qui secouent en ce moment-même différents points du globe le montrent - : il faudra désormais compter avec les frustrations et les aspirations des peuples, des frustrations qu’entendent, des aspirations que s’attachent à porter et à concrétiser les organisations de la société civile. Il faudra désormais compter, dans l’élaboration des normes et des projets de société comme dans la prise de décision, avec ces acteurs non gouvernementaux.

Votre engagement nous rappelle, enfin, à nous tous, citoyens, dirigeants, organisations internationales que les femmes, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou non, finiront par occuper la place et les responsabilités légitimes qui leur reviennent dans tous les secteurs de l’activité humaine. Car ne nous voilons pas la face. Beaucoup de progrès ont certes été accomplis, beaucoup de textes, de lois, de règlements ont été adoptés pour favoriser la parité, mais nous savons bien que les mentalités sont bien souvent restées en retrait de ces avancées juridiques et qu’elles tendent même, dans certaines régions, à se radicaliser.

Que d’énergie les femmes doivent encore dépenser pour que soient reconnus et respectés leurs droits et leur dignité, alors que cette énergie devrait être employée à la seule expression de leurs capacités, à la seule réalisation de leur contribution. Et l’actualité me pousse, en cet instant, à avoir une pensée toute particulière pour toutes ces femmes qui ont joué un rôle actif dans le Printemps arabe et dont je souhaite qu’elles ne soient pas les oubliées de ces révolutions.

C’est dire Madame la Présidente de l’Association des grands-mères de la Place de mai que le Prix qui vous est décerné, aujourd’hui, n’est pas seulement une juste reconnaissance pour le travail formidable que vous accomplissez au service des droits de l’Homme et de la paix, pour l’espoir que vous avez rendu à tant de familles. Je suis sûr qu’il sera source de fierté et de réconfort pour beaucoup de femmes à travers le monde. Permettez-moi donc de vous témoigner ma profonde admiration et de vous féliciter très chaleureusement, en vous disant : VIVAN LAS ABUELAS !

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