Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 13 mars 2012

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 13 mars 2012

Discours prononcé lors des Journées des réseaux institutionnels de la Francophonie

Les Journées des réseaux institutionnels de la Francophonie constituent un temps fort de notre mobilisation à l’heure où des évolutions démocratiques majeures interrogent profondément l’action de notre Organisation menée en faveur de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme.

Un temps fort, qui doit être celui de l’affirmation déterminée de nos engagements et du respect que nous devons aux institutions de l’Etat de droit.

La Déclaration de Bamako sur la démocratie, les droits et les libertés, adoptée le 3 novembre 2000 par les Etats et gouvernements francophones, engage la Francophonie à promouvoir des institutions fortes et indépendantes, à soutenir dans ce sens l’action de réseaux exemplaires et opérationnels.

Elle mérite, plus que jamais, notre attention et notre engagement, peut-être aussi notre curiosité car ce texte recèle les voies d’une mobilisation novatrice au regard des défis politiques auxquels fait face la communauté francophone.

Le Président Barack Obama avait sans doute lu la Déclaration de Bamako avant de s’adresser au Parlement ghanéen en juillet 2009 en ces termes : « En ce 21ème siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès », puis relevant : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions ».

La Déclaration de Bamako doit être réinvestie. Elle est la matrice naturelle et évidente de notre action en ce qu’elle consacre à la fois l’adhésion sans réserve de la Francophonie à la démocratie, système de valeurs universelles, fondée sur la reconnaissance du caractère inaliénable de la dignité et de l’égale valeur de tous les êtres humains, et la détermination de notre communauté à se doter d’institutions indépendantes et efficaces.

En mai 2006, l’adoption de la Déclaration de Saint-Boniface sur la prévention des conflits et la sécurité humaine a conforté ce dispositif et a approfondi le champ d’engagement de la Francophonie au service de la paix. Elle a précisé les contours de la sécurité humaine et a mis l’accent sur la responsabilité de protéger, responsabilité des Etats de protéger les populations sur leurs territoires et responsabilité de la communauté internationale, lorsqu’un Etat n’est pas en mesure ou n’est pas disposé à exercer cette responsabilité, de protéger les populations victimes de violations massives des droits de l’Homme et du droit international humanitaire. Les Etats et gouvernements francophones ont aussi réaffirmé leur volonté de lutter contre l’impunité et de renforcer l’action préventive de l’OIF en s’appuyant, notamment, sur la consolidation des institutions nationales.

C’est dans ce cadre que la mise en place, selon des rythmes divers, des quinze réseaux institutionnels de la Francophonie constitue pour nous un formidable levier pour affirmer une présence déterminante dans les dynamiques de renforcement de l’Etat de droit.

Le regard que nous portons sur les réseaux institutionnels de la Francophonie est un regard empreint de fierté. Cette politique partenariale est notre marque et, indéniablement, notre force. Ce maillage abouti et perfectionné du paysage institutionnel des pays membres de l’OIF est au cœur de la valeur ajoutée de l’action francophone.

Cette politique se déploie, comme vous le savez, et j’y suis spécialement attaché, dans le plein respect de l’indépendance des différents réseaux, de leurs missions et de leurs modalités d’intervention.

La maturité de ce partenariat a été soulignée par la résolution sur la Déclaration de Bamako dix ans après son adoption, adoptée à Montreux par le XIIIème Sommet de la Francophonie, résolution dans laquelle les chefs d’Etat et de gouvernement francophones se sont engagés à porter, de façon plus systématique, le message de Bamako dans les enceintes internationales et régionales en impliquant plus largement les réseaux institutionnels et la société civile.

Je veux saisir ce moment pour vous dire à la fois notre reconnaissance et notre volonté de mieux affirmer la place de vos réseaux au sein de la Francophonie institutionnelle. Une Charte de partenariat est soumise à la signature des quinze réseaux institutionnels représentés aujourd’hui à Paris. De la visibilité de notre partenariat dépend en effet également l’efficacité de cette intervention exigeante qui nous réunit.

Des évolutions enregistrées dans l’espace francophone au cours des derniers mois, je dis qu’il faut maintenant apprendre. Apprendre du printemps arabe, des récentes transitions démocratiques survenues en Afrique de l’Ouest et des crises qui persistent ou qui naissent. Apprendre de ces leçons et avancer ensemble.

Dans le discours sur le colonialisme, Aimé Césaire a su nous interpeler en soulignant qu’« une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ».

Il nous faut, ensemble, trouver de nouveaux chemins pour le progrès permanent des droits universels, pour prendre en considération les nouvelles parties prenantes, politiques et institutionnelles, et promouvoir une autre diversité qui réponde à la réalité de notre monde, pour faire la démonstration d’une écoute attentive quant aux messages que les peuples francophones nous adressent. Le rôle de nouvelles forces politiques représentatives des attentes des populations dans la consécration des dispositifs institutionnels devra être au cœur de nos préoccupations.

Je souhaite vivement que les conclusions de ces Journées nourrissent l’indispensable réflexion prospective à laquelle l’Histoire dans laquelle nous nous inscrivons, nous encourage.

La Francophonie, à travers votre pensée et votre observation, doit évidemment prendre part aux débats internationaux qui font suite aux événements survenus dans plusieurs de nos pays membres. Le monde arabe bien entendu, et ce printemps dont nous ne mesurons pas encore toute la portée. L’Afrique subsaharienne confrontée à des transitions démocratiques majeures mais aussi à des dérives et des dangers porteurs d’échecs. L’espace Caraïbe et Haïti, où le contexte de la reconstruction exhorte à de nouvelles approches axées sur les droits fondamentaux et les principes de l’Etat de droit.

A travers vous, à travers vos engagements, nous mesurons la capacité de la Francophonie à se rassembler, à dialoguer et à construire. Vous reviendrez durant ces travaux sur les nouveaux modes d’intervention développés par plusieurs réseaux au soutien des transitions démocratiques. Je me félicite des expériences fructueuses développées par chacun d’entre vous afin de conforter l’indépendance des institutions récemment installées ou des structures menacées dans leur fonctionnement régulier. Je me félicite de l’engagement de plusieurs réseaux au soutien des développements de la justice pénale internationale. Je me félicite de l’accompagnement que vous offrez en période électorale aux acteurs garants de la crédibilité de ces processus. Je me félicite également du travail que vous réalisez pour la défense des droits de l’Homme, et des réalisations concrètes que vous portez au bénéfice de ces droits. Je me félicite enfin de votre présence active pour la défense du français dans les enceintes internationales.

Vous contribuez à approfondir la nécessaire stratégie d’influence de la Francophonie. Je me réfère en particulier à notre plaidoyer en faveur de la promotion de la diversité des cultures juridiques. De la même manière que la protection et la promotion de la diversité culturelle et linguistique est une priorité dans le déploiement des actions francophones, la consolidation du lien entre diversité des cultures juridiques et démocratie est un combat politique au cœur de l’action francophone.

La Déclaration de Bamako souligne que pour la Francophonie il n’y a pas de mode d’organisation unique de la démocratie et que, dans le respect des principes universels, les formes d’expression de la démocratie doivent s’inscrire dans les réalités et spécificités historiques, culturelles et sociales de chaque peuple.

L’articulation entre l’universalité des droits et la considération des contextes locaux est un défi qu’il nous revient de relever, sans craindre de discuter de nos cultures respectives et des religions, sans craindre de confronter ces fondements à ceux des droits de l’Homme. N’entretenons pas des silences gênés sur ces sujets qui touchent au plus profond de l’Homme.

Vous pouvez démontrer l’utilité de nouvelles solidarités agissantes et redonner un élan à l’action multilatérale. Au regard de leur composition et de leur fonctionnement collégial, les réseaux institutionnels constituent, sur ce terrain également, des intervenants exemplaires. Parallèlement, la Francophonie développe des partenariats avec plusieurs organisations internationales et régionales, dont je salue la présence parmi nous de nombreux représentants. Nous faisons aujourd’hui la démonstration d’une volonté de conduire une action cohérente, efficace, à la fois spécifique et complémentaire de celle des autres organisations.

Placés au cœur de l’ambition francophone, les réseaux institutionnels de la Francophonie sont un rouage fondamental de la Francophonie institutionnelle.

Je suis heureux d’ouvrir les Journées des réseaux institutionnels de la Francophonie et de vous remercier, chaleureusement, de votre présence nombreuse à cette séance.

Trois grands témoins poseront les jalons des discussions principales des deux journées de concertation qui nous rassemblent. Madame Sohayr Belhassen, Monsieur Gérard Latortue et Monsieur Gérard Balanda nous ont fait l’honneur de répondre positivement à notre invitation. Je les en remercie vivement.

J’exprime notre immense gratitude au Conseil supérieur du notariat qui nous reçoit à son siège. Vous aurez le plaisir de découvrir ensuite durant ces Journées la Maison de la Francophonie, votre Maison. Je m’en réjouis.

Je vous remercie de votre attention et souhaite plein succès à vos travaux dont j’attends les conclusions avec un très grand intérêt.

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