Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 20 mars 2012

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Discours de M. Abdou Diouf - Paris, le 20 mars 2012

Discours prononcé lors du colloque organisé par le Réseau des professionnels francophones à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie

J’aime bien le thème de votre colloque « Et si on fêtait la Francophonie… professionnelle ? ».

Sans vouloir minimiser le mot « professionnel », je dois vous avouer que c’est surtout le mot « fêter » qui me plait dans votre thème. Il me semble que c’est un terme qui correspond bien à la Journée internationale de la Francophonie. C’est un mot qui sonne un peu comme la venue du printemps, comme la fin de la grisaille, comme l’avènement d’un renouveau. C’est vivant et ça rit. C’est un mot qui porte à s’exprimer, à s’extérioriser, à se projeter dans l’environnement, dans le monde.

Et c’est exactement de cela dont nous, les francophones, avons besoin. Nous avons besoin de fêter notre langue et de l’utiliser sans entrave, sans complexe, de la projeter dans le monde.

Je l’ai déjà dit à quelques reprises, j’en ai assez de ce défaitisme ambiant au sujet de l’avenir de la langue française. Ça ne veut pas dire que je ne reconnais pas les difficultés, qui sont réelles, mais je considère que c’est une mauvaise attitude qui nous fait baisser les bras et qui nous empêche de prendre nos responsabilités face au devenir de notre langue qui est une partie fondamentale de ce que nous sommes culturellement, de notre identité. Gilles Vigneault, ce grand poète québécois, dit que la langue c’est l’ADN de la culture. Je partage un peu cet avis.

C’est précisément parce que je voulais m’attaquer à ce défaitisme néfaste que j’ai proposé aux chefs d’Etat et de gouvernement réunis au Sommet de Montreux de tenir en 2012 un Forum mondial de la langue française. Un Forum pour débattre ouvertement, avec toutes les composantes de la société et avec des gens provenant de tous les horizons de la Francophonie, de l’avenir de notre langue. Un Forum aussi pour la célébrer, pour la « fêter ». Je savais que je prenais là un grand risque parce que ce sera une première. Jamais un tel événement sur la langue française n’a eu lieu. J’ai nommé un Commissaire général qui ne ménage pas ses efforts pour faire de ce grand rassemblement le succès que nous espérons et je dois dire que je suis très optimiste.

L’objectif fondamental du Forum est de sortir le débat sur l’avenir de la langue française des officines institutionnelles. C’est de partager cette responsabilité avec tous ceux qui ont à cœur la défense et la promotion de la langue française et du multilinguisme car les deux sont intimement liés. Je suis donc particulièrement heureux que le colloque d’aujourd’hui soit associé au Forum mondial de la langue française.

Le Sommet de Montreux était le second après celui de Québec, en 2008, à se préoccuper ouvertement de l’avenir de cette langue qui nous rassemble. Pour résumer l’essentiel des décisions prises à Montreux au sujet de la langue française, je retiendrai quatre éléments :
- Premièrement, la tenue en 2012 du Forum de la langue française que vous connaissez déjà.
- Deuxièmement, le renforcement du rôle des groupes des Ambassadeurs francophones, qui sont de plus en plus nombreux, dans la valorisation de la place du français au sein des organisations internationales. Nous y travaillons.
- Troisièmement, l’élaboration d’une politique intégrée de promotion de la langue française, ce qui signifie une politique faisant appel à l’action concertée de l’Organisation internationale de la Francophonie et de tous les opérateurs directs de la Francophonie en faveur de la promotion de la langue française. Elle sera adoptée à Kinshasa en octobre prochain.
- Quatrièmement, la valorisation du rôle de la société civile dans les efforts de promotion de la langue française.

C’est principalement là, sur ce quatrième élément, que vous intervenez. Le Réseau des Associations professionnelles francophones est au cœur même des enjeux identifiés à Montreux et du dispositif nécessaire à une revalorisation de la place du français dans le monde. Le Réseau n’existe que depuis quelques mois que déjà il tient cet important colloque. Tout aussi remarquable est cette idée que vous avez eue de créer une « Charte des associations professionnelles francophones » par laquelle les signataires s’engagent, notamment, à contribuer au rayonnement de la langue française dans leur cadre professionnel, mais aussi, et je cite : « à porter les valeurs du multilinguisme et de la diversité culturelle sur la scène professionnelle internationale et promouvoir, dans le domaine du travail, les valeurs de la Francophonie… ».

En tant que Secrétaire général, je suis comblé. Que pourrais-je demander de plus ? Par votre adhésion à la Charte, vous créez une sorte d’alliance entre vous, évidemment, mais aussi avec nous. Déjà sept associations professionnelles d’importance ont signé la Charte et on me dit qu’à l’issue du colloque, quatre nouvelles associations y adhéreront. C’est tout simplement merveilleux.

La lutte pour le multilinguisme et contre un unilinguisme réducteur sera longue et difficile, mais je suis convaincu qu’elle sera gagnée car personne, pas même ceux qui aujourd’hui semblent profiter de la tendance au « tout anglais », n’a intérêt à quelque domination linguistique ou culturelle que ce soit. Cette lutte, vous le savez bien, elle doit d’abord être menée dans nos propres rangs. Auprès de ceux qui ont capitulé ou qui, pour des raisons purement mercantiles, savourent un profit à court terme sans se rendre compte qu’ils renoncent à l’essentiel de ce qui constitue les peuples.

A travers vous, nous multiplions d’une manière extraordinaire les porteurs du message francophone. Vous nous dites que nous ne sommes plus seuls. Vous nous dites que nous pouvons compter sur vous. Je vous dis, aujourd’hui, à mon tour en cette Journée internationale de la Francophonie, que vous n’êtes pas seuls, que votre combat est aussi le nôtre et que vous pouvez compter sur nous.

Je vous remercie.

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