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Discours de M. Abdou Diouf - Québec, le 1er février 2011

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Discours de M. Abdou Diouf - Québec, le 1er février 2011

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie à la cérémonie de remise de l’insigne de Grand officier de l’Ordre national du Québec

« La mémoire est toujours aux ordres du cœur »

C’est cette devise de Rivarol qui me vient spontanément à l’esprit en ce moment solennel et tellement chargé d’émotion. Parce que c’est avec le coeur, Monsieur le Premier ministre, que je reçois, aujourd’hui, l’insigne de Grand officier de l’Ordre national du Québec, que vous me faites l’immense honneur de me décerner.

Cette distinction prestigieuse, je la dois à votre décision personnelle, à la généreuse amitié que vous me portez avec une admirable constance. Et c’est également du plus profond du coeur que viennent les remerciements que je veux vous adresser et adresser au Québec tout entier.

La mémoire est définitivement aux ordres du coeur, car tandis que s’égrenaient vos propos trop élogieux, remontaient à ma mémoire les instants inoubliables que j’ai vécus en terre québécoise depuis mon premier séjour, voilà quarante ans, mois pour mois. Je n’ai jamais cru au hasard, encore moins aujourd’hui, car quarante ans, c’est aussi l’âge de la Francophonie !

Je n’ai rien oublié des visites officielles ou des visites de travail que j’ai effectuées en qualité de Premier ministre et de Président de la République du Sénégal. Mais je réalise ce soir que la Francophonie, à cette époque déjà, tissait entre le Québec et moi un lien indicible et incomparable dont je mesure pleinement, pour la première fois, la portée et le symbole.

En effet, je réalise, en cette circonstance, que le Québec, tout au long de ces quarante années de retrouvailles ininterrompues, m’a offert avec sa générosité et sa spontanéité, avec sa force de conviction, ce que vous appelez fort à propos, Monsieur le Premier ministre, son « attachement existentiel au français », me donnant par là même la chance insigne de me nourrir, tout à la fois, aux sources inspirantes du père fondateur de la Francophonie, Léopold Sédar Senghor, et d’un peuple qui, à des océans de là, n’a eu de cesse de préparer « l’avènement d’un idéal en marche vers une solidarité de l’esprit. »

Alors, si en m’honorant comme vous le faites, c’est la Francophonie toute entière que vous honorez, permettez-moi, en retour, en signe de gratitude et surtout d’amitié profonde, de rendre hommage au Québec au nom de la Francophonie, en empruntant modestement aux ressources créatrices de notre langue commune, les mots par lesquels j’aimerais entremêler les destins du Québec et de la Francophonie, en déclinant les lettres qui composent avec fierté le nom de QUEBEC.

Ne voyez aucun défi lancé à l’ordre, si j’entends, pour commencer, isoler et mettre en exergue la lettre U comme Unique, car c’est bien le qualificatif qui s’impose lorsqu’on évoque cette terre et cette nation. Et n’est-ce pas ce caractère unique, porté ici à sa plus belle expression, qui nous conforte dans l’idée que nous avons raison, nous francophones, de vouloir lutter pour protéger et promouvoir la diversité des langues et des cultures, pour que le monde continue à bruire et chatoyer dans toute la richesse de ses différences.

Le Québec, c’est aussi une Quête exigeante, bien loin de l’immobilisme et de la résignation, une quête permanente menée au nom de valeurs, de principes et de convictions, que l’on ne saurait voir entamés par les soubresauts de l’histoire et la marche emballée du monde. Le Québec, c’est aussi l’Engagement, la volonté politique qui l’accompagne et les moyens que l’on se donne pour l’incarner.

Le Québec, c’est aussi la Bravoure, celle qui incite à combattre l’uniformisation linguistique, la standardisation culturelle, et à récuser une prétendue fatalité.

Le Québec, c’est aussi l’Espérance, qui permet de continuer à croire, même dans les heures les plus sombres, ou les crises les plus profondes, qu’on peut encore construire un avenir meilleur.

Le Québec, c’est enfin le Coeur sans lequel il ne saurait y avoir de dialogue, de tolérance et de solidarité, alors même que notre interdépendance mondialisée va chaque jour en s’affirmant.

Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs,

Par-delà la langue française, tel est aussi le secret des destins entrecroisés de la Francophonie et du Québec. Car ces vertus, ces principes, ces aspirations, incarnés au plus haut point par le Québec, sont ceux là même qui animent et qui guident la Francophonie dans sa coopération et dans sa mission au service de l’Homme, de tous les hommes, unis et réconciliés dans la civilisation de l’Universel.

Alors soyez persuadés que le magnifique insigne, inspiré des meubles héraldiques du Québec, que vous me remettez, ce soir, revêt, à mes yeux, une grande signification. J’aurai le sentiment, en repartant, d’emporter avec moi un petit pan précieux du drapeau du Québec. Et c’est de cela que je veux, une dernière fois, vous remercier.

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