Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Québec, le 2 février 2011

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Discours de M. Abdou Diouf - Québec, le 2 février 2011

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de la Cérémonie de remise des insignes de l’Ordre de la pléiade

Parler une langue, c’est ouvrir une malle aux trésors. On y trouve des bijoux, des diamants, des perles rares. En cherchant bien, on y trouvera aussi des cartes anciennes, des manuscrits témoins de rêves passés, des uniformes flamboyants, et peut-être aussi, des haillons, des vêtements et des outils d artisans, des instruments de musique et bien d’autres choses encore. Aujourd’hui, je crois qu’on y trouverait, figurant en belle place, les travaux d’un éminent chercheur qui a tant fait pour développer le concept de diversité culturelle ; on y trouverait les ouvrages d’un écrivain talentueux qui vit et transfigure chaque jour, par la magie des mots, cette diversité ; on y trouverait les croquis et les textes d’un dramaturge hors du commun ; et, peut-être même, un chapiteau si grand qu’on peut l’apercevoir depuis une navette spatiale.

Sans doute y trouverait-on également, tout au fond, quelques drapeaux et quelques étendards tachés de sang, vestiges de l’histoire.

Car une langue, c’est à la fois le temps et l’espace. Le temps, parce qu’elle épouse les courbes de nos vies, entremêlant passé, présent et avenir. L’espace, parce qu’elle est fondue au creuset de l’environnement de ceux qui la parlent.

Il y a autant de langues que de peuples. La langue nous habite comme nous l’habitons. La langue, c’est la vie qui bat au rythme de celui qui la parle, c’est le monde en mouvement. Perdre sa langue, c’est ne plus savoir d’où l’on vient, ne plus savoir où l’on va, ne plus savoir qui l’on est. Perdre sa langue, c’est se priver de son principal outil d’expression et de tout ce que l’on peut apporter au monde.

A cet égard, il n’y a pas de langues ou de cultures supérieures. Il n’y a que des hommes partageant une même planète et un même destin, chacun étant différent, chacun appartenant à une culture qui lui est propre.

C est cette diversité qu’il nous faut préserver car c’est par là, j’en suis profondément convaincu, que passe l’avenir de l’humanité. On nous dit qu’il faut intégrer le village global et faire allégeance au monolinguisme dominant, qu’il faut tendre vers une culture unique. On nous dit que lutter pour la diversité et le dialogue des cultures est une utopie qui ne résistera pas à la dure réalité des lois du marché.

Mais l’utopie, n’est-ce pas plutôt imaginer que l’on pourra tout uniformiser. L’homme est, par nature, différences. Je dis que dès qu’on aura atteint un certain niveau d’intégration, les forces naturelles se mettront en marche afin de recréer de l’originalité et de la diversité. Je dis que l’avenir de l’humanité est dans le dialogue et dans l’acceptation des différences et qu’il n’y a pas d’autre voie. Si on mettait autant d’énergie et de ressources dans la coopération et la promotion du dialogue des cultures qu’on en met à s’armer pour se défendre de ses voisins, on serait sans doute étonné des résultats.

J’ai la chance d’être entouré d’hommes et de femmes qui, comme moi, croient en ces idéaux. C’est avec tous ces partenaires, rattachés aux différentes composantes de la Francophonie et œuvrant à divers niveaux partout dans l’espace francophone, que je veux partager l’insigne honneur que vous me faites aujourd’hui. Je veux aussi rendre hommage à toutes ces organisations appartenant à d’autres espaces linguistiques et culturels avec qui la Francophonie a tissé des liens étroits et qui, comme elle, recherchent les voies de ce dialogue interculturel, seul à même d’engendrer le respect mutuel, source de paix et de développement.

C’est avec émotion que je reçois cette haute distinction de l’Ordre de la Pléiade. Monsieur le Président Yvon Vallières, Monsieur le Sénateur Jacques Legendre, vous avez tenu à nous honorer de façon éclatante. C’est là un témoignage d’appréciation qui me touche et je sais que les éminents récipiendaires de ce soir mesurent eux aussi l’importance de l’honneur qui leur est fait.

Qu’ils me permettent donc, en leur nom, en mon nom, de vous dire notre profonde gratitude.

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