Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf - Rabat, le 09 novembre 2010

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Discours de M. Abdou Diouf - Rabat, le 09 novembre 2010

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de la remise du Prix Ibn Khaldoun-Senghor 2010

Je veux en tout premier lieu remercier le Royaume du Maroc d’avoir bien voulu accueillir la troisième édition de la remise du Prix Ibn Khaldoun-Léopold Sédar Senghor ici à Rabat. Je suis particulièrement honoré que Sa Majesté le Roi Mohamed VI nous fasse l’honneur de sa Haute bienveillance quant à l’action commune de l’ALECSO et de la Francophonie en faveur du dialogue des cultures entre le monde arabe et le monde francophone.

Lorsque que nous avons créé en 2007 le Prix Ibn Khaldoun-Senghor, nous nous étions fixés pour objectif de stimuler l’enrichissement mutuel des deux cultures en faisant réciproquement connaître des auteurs et des œuvres de chacune de nos communautés linguistiques. De plus, afin de favoriser une meilleure compréhension de la pensée inhérente aux deux espaces linguistiques, nous avions souhaité, par ce prix, encourager les éditeurs et les centres de traduction à multiplier leurs efforts afin de rendre des œuvres, particulièrement celles en sciences humaines, plus accessibles dans l’autre langue.

Je crois que le jury a été particulièrement bien inspiré en 2010 en accordant le prix à Monsieur Abdessalam CHEDDADI pour sa traduction de l’arabe au français de « l’autobiographie de Ibn Khaldoun ». Monsieur CHEDDADI, je vous adresse toutes mes félicitations.

En plus de la qualité de la traduction et de l’ouvrage qui est récompensé, je me réjouis de ce que cette reconnaissance contribuera à mieux faire connaître, dans le monde francophone, la personnalité extraordinaire d’Ibn Khaldoun dont le prix porte le nom avec celui d’un autre poète et penseur, Léopold Sédar Senghor, père de l’humanisme intégral. On dit d’Ibn Khaldoun qu’il a été, par son approche des phénomènes sociaux, par l’acuité de ses analyses et sa remarquable rigueur intellectuelle, un historien de premier plan et un philosophe à l’avant-garde de la sociologie moderne. Je forme le vœu que les francophones soient nombreux à découvrir, au travers de cet ouvrage, le grand penseur et l’un des plus illustres fondateurs de l’humanisme arabe qu’il a été.

Mesdames et messieurs, Le prix Ibn Khaldoun-Senghor n’en est qu’à sa troisième édition, il est donc encore relativement jeune. Dès le départ, nous savions qu’il fallait lui assurer une assise solide dans les espaces francophone et arabophone. C’est pourquoi la cérémonie d’aujourd’hui, à l’instar de celle de 2009, a été précédée d’une journée d’étude au cours de laquelle des spécialistes ont échangé de manière concrète sur les problèmes liés à la traduction, à l’édition et à la distribution des ouvrages. Cette journée d’étude avait aussi pour objectif de faciliter l’identification et la mise en réseau des traducteurs et des institutions francophones ou arabophones.

J’ai écouté avec beaucoup d’attention les conclusions et les recommandations de cette journée d’étude dont le thème « La traduction comme instrument de dialogue » était des plus inspirants. Je crois que nous pouvons y trouver des pistes intéressantes qui sauront alimenter la coopération déjà riche entre l’ALECSO et la Francophonie.

Ce dont je suis particulièrement fier, c’est que, à travers ce prix, nous, du monde arabe et du monde francophone, avons su donner une résonnance concrète à ce que nous ne cessons de promouvoir - et je veux le réitérer ici - la tolérance et le respect de l’autre, seuls capables de permettre l’émergence d’une véritable diversité linguistique et culturelle respectueuse des différences.

La Francophonie, présente sur les cinq continents, a la chance de compter parmi ses membres plusieurs pays arabes. Cela explique la collaboration intense que déploie la Francophonie avec plusieurs organisations internationales du monde arabe, tel l’ALECSO. Mais au-delà de cette parenté, nos organisations sont convaincues que les relations de bon voisinage, l’entraide et la coopération en bonne intelligence passent par une connaissance approfondie de l’autre, par une interprétation plus fine et plus juste des valeurs qui animent et font évoluer nos sociétés respectives. C’est bien cela, à mon sens, la richesse de la diversité linguistique et culturelle.

Mesdames, Messieurs, Les mots qui composent une langue prennent leur origine dans l’histoire, dans les souffrances et les espoirs des peuples qui l’ont parlé au fil des siècles, et qui la parlent encore aujourd’hui. Les langues évoluent, elles subissent des influences, elles font des emprunts, mais elles apportent aussi leur contribution à l’évolution d’autres langues. Le monde n’est plus aussi vaste qu’on le disait autrefois. La mondialisation pourtant, dont on nous parle tant, ne date pas d’hier. Elle est millénaire. Aujourd’hui cependant, elle prend un autre visage. Elle est teintée de nouvelles technologies et du pouvoir d’une certaine culture de masse qui fascine en même temps qu’elle provoque un mouvement de recul. C’est comme si cette attirance générait simultanément un besoin impérieux de protéger nos identités propres que nous sentons menacées à travers les valeurs véhiculées par ces nouveaux moyens de communication et un pouvoir économique dominant.

Tout en s’efforçant de conserver son âme et son identité propre, je crois qu’il faut savoir s’ouvrir à l’autre, chercher à le connaître et à le comprendre davantage. C’est ainsi que j’interprète cet humanisme intégral dont parlait Léopold Sédar Senghor, et qui devrait s’appliquer à la conduite de l’ensemble des activités humaines, qu’elles soient politiques, culturelles ou même économiques.

Par le Prix Ibn Khaldoun-Senghor, nous faisons le pari que cet humanisme intégral ne peut se développer que par cette connaissance, je dirais cette « reconnaissance », de l’autre. Le Prix Ibn Khaldoun-Senghor est un moyen, même s’il reste modeste, d’y contribuer. Ainsi, nos deux organisations, l’ALECSO et la Francophonie, apportent leur pierre originale à l’édification d’un monde plus ouvert, plus tolérant, plus juste et plus harmonieux.

Je vous remercie.

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