Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf à Paris, le 22 novembre 2012 (1)

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Discours de M. Abdou Diouf à Paris, le 22 novembre 2012 (1)

Lors de la remise du Prix de la Fondation Chirac pour la Prévention des conflits au Père Francisco de Roux

« Les opiniâtres sont les sublimes. Qui n’est que brave n’a qu’un accès, qui n’est que vaillant n’a qu’un tempérament, qui n’est que courageux n’a qu’une vertu ; l’obstiné dans le vrai a la grandeur.  »

Ces mots de Victor Hugo dépeignent tout entier mon ami, mon frère, le Président Jacques Chirac, à qui je voudrais, en cet instant, rendre hommage. Il n’a pas seulement été vaillant, brave et courageux dans les hautes responsabilités qui ont été les siennes, il a, avec obstination, honoré fidèlement les valeurs et les principes qui l’ont très tôt animé. L’homme de cœur et de conviction, l’humaniste, ne s’est jamais effacé devant l’homme d’Etat et, aujourd’hui encore, Jacques Chirac, à travers cette Fondation, continue à servir les idéaux de paix, de justice, de développement durable, de diversité culturelle, prêtant son nom, son charisme et sa voix aux sans-voix, aux opprimés, aux oubliés.

Ces idéaux sont aussi au cœur de l’action de la Francophonie, une Francophonie à laquelle Jacques Chirac a tant apporté, une Francophonie qui doit tant à la France, siège de notre Organisation, une Francophonie dans laquelle la France, aujourd’hui sous l’impulsion du Président de la République François Hollande, et du gouvernement du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, continue de jouer un rôle prépondérant.

C’est donc, pour moi tout à la fois, un plaisir et un honneur que d’être, aujourd’hui, parmi vous, et de remettre le Prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits et le Prix spécial du Jury aux deux éminentes personnalités que les membres du jury ont choisi de distinguer cette année.

Cher Padre Francisco de Roux, Au moment d’évoquer votre action, j’ai envie de dire que l’expression « déplacer des montagnes » prend, vous concernant, sa pleine signification, car c’est guidé par une foi inébranlable, que vous êtes parvenu, année après année, à lever tous les obstacles, et à rendre possible ce que l’on croyait impossible.

Qui aurait cru possible, en effet, que se taisent les armes dans la région de Magdalena Medio, une région parmi les plus violentes du centre de la Colombie, une région où le meurtre, le viol, l’enlèvement, l’enrôlement forcé des enfants furent trop longtemps le quotidien de populations terrorisées ?

Qui aurait cru possible que cette zone, parmi les plus pauvres, puisse trouver une alternative à la culture de la coca et s’engage avec succès sur la voie d’un développement économique, équitable et durable ?

Vous y avez cru, et c’est à force de ténacité, de résistance pacifique, de courage que vous avez permis aux hommes, aux femmes, aux enfants de cette région de rompre avec un passé qui semblait une fatalité, de renouer avec un présent acceptable pour tous, et surtout de retrouver l’espoir, pour se projeter, à nouveau, dans l’avenir : leur avenir, celui de leurs enfants, celui de leur pays.

Les réalisations, qui sont les vôtres et celles de tous ceux qui vous ont, depuis 1995, accompagné dans la mise en œuvre du programme Magdalena Medio pour le développement et la paix, forcent l’admiration et justifient - ô combien - que la Fondation Chirac vous décerne, aujourd’hui, le Prix pour la prévention des conflits.

Mais vous me permettrez, cher Padre de Roux, par-delà le succès unanimement salué de ce Programme audacieux qui a gagné l’appui financier d’importantes organisations intergouvernementales ou privées, de rendre hommage à la démarche, la philosophie, l’éthique qui vous ont guidé et qui s’expriment en trois mots : développement, dialogue, dignité. Trois mots dont la communauté internationale et la société mondiale n’ont pas encore su ou voulu prendre toute la mesure, alors même que les crises et les conflits vont en se multipliant, et que les inégalités vont en se creusant tout autour de la planète.

Vous nous démontrez, de la manière la plus incontestable qui soit, qu’il n’y a pas de développement possible sans sécurité et sans paix, et que dans le même temps, la pauvreté extrême demeure le plus puissant des facteurs belligènes. Toute votre sagesse a résidé dans cette volonté de lutter simultanément contre la violence et la misère.

Vous nous démontrez que le développement doit être envisagé dans toutes ses dimensions, ce qui vous a conduit à mener de front, des projets agricoles, miniers, industriels, éducatifs et environnementaux au plus près des besoins et des réalités locales, mais vous nous démontrez aussi que le développement ne peut résulter que de l’implication de tous les citoyens sans exclusive, dans cet esprit participatif qui est au fondement de la démocratie.

Vous nous démontrez que le dialogue doit être inlassablement recherché, suscité, maintenu, entre les membres d’une même communauté, afin de transcender les différences ou les clivages sociaux, politiques, culturels, mais qu’il doit, d’abord et surtout, être instauré avec ceux qui, dans votre région, répandaient depuis des années la terreur et la mort. Et c’est sans doute la part la plus remarquable de votre action que d’être parvenu à les convaincre qu’il n’était pas nécessaire de recourir à la violence et aux armes, pour édifier une société plus juste.

Cette capacité à tendre

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