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Discours de M. Abdou Diouf à Paris, le 22 novembre 2012 (2)

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Discours de M. Abdou Diouf à Paris, le 22 novembre 2012 (2)

Lors de la remise du Prix spécial du jury de la Fondation Chirac à Radhika Coomaraswamy

Ce XXIème siècle commençant et les décennies qui l’ont précédé, nous ont apporté leur lot de tragédies, oublieuses de ce cri pourtant maintes fois lancé : « Plus jamais ça ! ». Ces heures sombres de l’histoire des peuples suscitent toujours le pire et le meilleur : elles résultent de ce que l’homme a de plus bas et de plus vil en lui, mais elles révèlent, dans le même temps, ce qu’il a de plus généreux et de plus noble grâce à toutes celles et tous ceux qui, en ces circonstances, entrent en lutte pour que triomphent les droits de l’Homme, la justice, la paix.

Chère Radhika Coomaraswamy,

Vous figurez au rang de ces « âmes bien nées », de ces femmes courageuses, qui consacrent leur talent et leur énergie à aider les victimes de ces forces obscures, tout en œuvrant pour que leurs droits soient mieux protégés au plan normatif et institutionnel, tant il est vrai que l’imagination des criminels met, sans cesse, au défi le juriste.

Du Conseil de sécurité à la Commission des droits de l’Homme, chaque organe des Nations unies y travaille à sa manière, et vous avez, dans ce contexte, joué un rôle déterminant en qualité, tout d’abord, de Rapporteuse spéciale de la Commission des droits de l’Homme des Nations unies sur la violence à l’égard des femmes, puis en tant que Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, ce qui vous vaut, aujourd’hui, de recevoir le Prix spécial du Jury de la Fondation Chirac.

Vous avez, tout au long de ces années, parcouru le monde pour entendre les victimes, pour convaincre les gouvernements. Et il est une phrase de vous qui résume, parfaitement, l’esprit dans lequel vous vous êtes acquittée de cette exigeante mission : « J’ai oublié, dites-vous, le visage de la plupart des autorités nationales ou internationales que j’ai rencontrées, mais je n’ai jamais oublié le visage des victimes. »

C’est, sans nul doute, cette faculté d’empathie sincère, cette humanité et cet humanisme qui vous caractérisent, en même temps que votre sens aigu de la justice qui vous ont donné la force et l’énergie de résister aux pressions dont vous avez été l’objet de la part de certains Etats, et de leur tenir tête en toute indépendance d’esprit, parce qu’en ces moments vous aviez le sentiment de parler et d’agir au nom des centaines de milliers d’enfants soldats qui n’avaient un nom, un prénom que pour vous.

Vous n’avez pas seulement apporté réconfort, vous n’avez pas seulement contribué à appeler l’attention internationale sur la problématique des enfants soldats qui, avant d’être des soldats sont, pour vous, des enfants et surtout des victimes qui doivent être traitées comme telles. Vous avez, également, activement contribué à la mise en œuvre de la résolution 1612 du Conseil de sécurité qui a permis de créer le cadre de l’action des Nations unies pour la protection des enfants dans les conflits armés. Pendant votre mandat, pas moins de 18 plans d’action ont été conclus avec des forces et des groupes armés, et ce sont ainsi des milliers d’enfants soldats que vous avez arrachés à l’enfer.

Madame,

La femme de conviction, la femme d’action que vous êtes, me permettra sans doute de dire, qu’à travers ce Prix spécial du jury, vous honorez, aujourd’hui, toutes ces femmes résolument engagées et déterminées à faire bouger les lignes. Et elles sont toujours plus nombreuses à réussir ce pari. Deux éminentes personnalités, Louise Arbour et Marguerite Barankiste, ont été, elles aussi, voilà un an, distinguées par la Fondation Chirac.

Et je ne peux m’empêcher, au moment de vous féliciter, de lancer devant vous, qui vous êtes aussi tant mobilisée contre les violences faites aux femmes, de lancer un appel pressant à la vigilance. Nous savons bien, qu’ici où là, se fait jour, depuis quelques temps, la tentation de revenir sur des droits légitimes, chèrement acquis par les femmes. Il ne s’agit pas seulement d’une régression pour les femmes, mais d’une régression pour la famille humaine toute entière qui ne peut se priver de l’apport de la moitié de l’humanité au moment où ce monde globalisé, confronté à des défis inédits, a tant besoin que se fédèrent les bonnes volontés, les talents, les énergies. Continuez, Chère Radhika Coomaraswamy, à être très longtemps encore ce que vous êtes profondément !

Continuez, pour notre bénéfice à tous, à faire très longtemps encore ce que vous faites parce que ce sont des contributions comme les vôtres qui nous permettent de garder foi dans l’avenir.

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