Organisation internationale de la Francophonie
Discours de M. Abdou Diouf à Abidjan, le 26 novembre 2012

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Discours de M. Abdou Diouf à Abidjan, le 26 novembre 2012

A la clôture de la 32ème Assemblée générale de l’Association internationale des maires francophones (AIMF).

Ce rendez-vous annuel avec l’AIMF, vous le savez me tient à cœur, et c’est toujours pour moi un plaisir et un honneur que de m’adresser à vous. Mais je suis, cette année, plus heureux encore, parce que nous nous retrouvons dans une ville, dans un beau et grand pays qui a beaucoup souffert, trop souffert, mais qui reprend, sous la conduite avisée et volontaire du Président Alassane Ouattara, le chemin de la stabilité, de la prospérité et de la réconciliation, une réconciliation que nous soutenons et que nous appelons de tous nos vœux afin que tous les fils et toutes les filles de Côte d’Ivoire travaillent, main dans la main, et dans un même élan, au rayonnement de leur pays, et par-là même, au rayonnement de la région et du continent tout entier.

Mesdames et Messieurs,

« Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde ».
Cette devise de Gandhi, l’AIMF pourrait aisément la faire sienne. Il n’est qu’à voir les évolutions qu’a connues votre Association, depuis quelques années, sous votre impulsion inspirée et déterminante, cher Bertrand Delanoë, et avec le concours engagé et dévoué de vos collègues et de toute l’équipe du Secrétariat permanent.

La thématique inscrite à l’ordre du jour de cette Assemblée générale, - « Ville, dialogue interculturel et paix »,- me semble, à cet égard, tout à fait emblématique du cheminement qui a été le vôtre depuis près de dix ans et de l’esprit dans lequel vous l’avez appréhendé.

Un état d’esprit volontariste, fondé sur le constat que le monde change, que la mondialisation change le monde, et qu’il n’est, dans ce contexte, que deux attitudes possibles : subir le changement en se contentant d’en gérer, tant bien que mal, les conséquences, ou au contraire accompagner le changement, voire l’anticiper, pour l’orienter à la lumière des principes et des valeurs que nous souhaitons voir l’emporter.

Vous avez pris acte du fait que nous avions, à l’aube de ce troisième millénaire, franchi un cap historique puisque, pour la première fois, les citadins sont, dans le monde, plus nombreux que les ruraux.

Vous avez pris acte du fait que les villes sont devenues un concentré, un précipité au sens chimique du terme, des problématiques et des dérives générées par la mondialisation tant en termes de développement économique, de cohésion sociale, que d’équilibre écologique.

Vous avez pris acte du fait que la mondialisation, en suscitant des réactions d’angoisse et de rejet, en bousculant les frontières et les territoires, en distillant l’idée dangereuse que les gouvernements nationaux n’ont plus le pouvoir de contrer la globalisation d’un monde « à irresponsabilité illimitée », vous avez pris acte du fait que cette mondialisation renforçait, du même coup, le besoin de lien social, de relations sociétales plus proches, et par là-même l’attente envers l’échelon local.

Et de fait, c’est dans les villes que se jouera la cohésion sociale, et c’est aux autorités locales que revient déjà la responsabilité de faire en sorte que les villes ne se transforment pas en une juxtaposition de ghettos riches et de ghettos pauvres, en une juxtaposition de communautés diverses qui s’ignorent, se redoutent, ou se combattent mais que les villes deviennent ces lieux de rencontre, de solidarité, de partage, d’acculturation mutuelle, de creuset des valeurs citoyennes, de vivier de la démocratie et de la paix.

C’est dans les villes que se jouera l’évolution et le développement économique, et c’est aux autorités locales que revient, déjà, la responsabilité de développer l’emploi, d’attirer les investisseurs pour mieux affronter la concurrence économique mondiale.

C’est dans les villes que se jouera l’équilibre écologique de la planète, et c’est aux autorités locales que revient, déjà, la responsabilité de porter des démarches de développement durable, parce que c’est dans les agglomérations urbaines que l’on consomme la plus grande part des ressources énergétiques mondiales.

Vous avez bien évidemment, je n’en doute pas, pris acte, à titre individuel, dans votre pratique quotidienne, de ces mutations et de ces défis, et vous êtes bien placés pour savoir que le métier, la charge, la responsabilité de maire, d’autorité locale, est en passe de changer tandis que change la ville. La réflexion approfondie que vous avez menée, ici, sur la diplomatie des villes l’illustre du reste parfaitement.

Mais je me réjouis particulièrement, en qualité de Secrétaire général de la Francophonie, que l’AIMF, par-delà ses missions traditionnelles, historiques, ait eu la volonté déterminée d’accompagner ses membres dans ces mutations et ces défis nouveaux, car si nous entendons, comme je le disais en commençant, « être le changement que nous voulons voir dans ce monde », il faut que nous soyons animés par l’ambition de faire en sorte que les villes aient une incidence toujours plus forte sur le global afin d’encadrer et d’orienter l’incidence qu’a déjà le global sur les villes. Aucune ville si grande, si puissante soit-elle ne peut prétendre y parvenir seule.

Nous disposons d’atouts précieux : un socle de valeurs communes, et une langue en partage qui sont au fondement de votre Association et de la Francophonie toute entière. Mais il nous faut aller plus loin encore, dans l’action comme dans le plaidoyer, et ce grâce à l’AIMF.

Il me semble important, à cet égard, de renforcer sans cesse le réseau tissé entre vos membres au fil des années, mais sans pour autant rester centré sur la dimension ville, afin de toujours mieux prendre en compte, dans un souci stratégique et opérationnel, la diversité des acteurs engagés et l’interaction naturelle entre la dynamique de développement de la ville et celle de l’espace régional qui lui est associé. Et l’AIMF, opérateur direct de la Francophonie pour la coopération décentralisée, a naturellement vocation à fédérer ces différentes énergies et à susciter de nouvelles synergies.

De la même manière, je suis convaincu que l’AIMF a vocation à s’affirmer comme l’espace privilégié où, par-delà l’échange d’expertise et de bonnes pratiques, s’élabore un plaidoyer pour « la ville de demain », avec l’ambition de le diffuser largement auprès des coopérations bilatérales et multilatérales, comme auprès des instances internationales.

Mesdames et Messieurs,

Il est bien connu que l’on attend toujours plus de ceux qui donnent déjà beaucoup. Ne voyez donc dans mes propos et dans les ambitions que je nourris pour l’AIMF que la conséquence logique de l’intérêt marqué que je porte à votre Association et de la confiance que je place en elle pour nous aider dans ce beau dessein commun, celui de voir s’incarner, pour tous et partout, le droit à la liberté, à la démocratie, au développement, à la paix, en un mot le droit à la dignité.

Je vous remercie.

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