Organisation internationale de la Francophonie
Intervention de Clément Duhaime à Brazzaville, le 2 mai 2012

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Intervention de Clément Duhaime à Brazzaville, le 2 mai 2012

A l’occasion du séminaire organisé par le CES du Congo en coopération avec le PNUD, l’OIF et l’UCESIF

Excellence Monsieur le Président de la République, Excellences Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement, Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Organisations internationales, Monsieur le Président en exercice de l’UCESIF, Monsieur le Président du Conseil économique et social du Congo, Distingués Représentants des Conseils économiques et sociaux, Monsieur le Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies, Mesdames et Messieurs,

Brazzaville, qui nous accueille aujourd’hui, vit toujours et de manière très douloureuse le drame de Mpila survenu le 4 mars dernier. Face à cette tragédie, je voudrais m’incliner devant la mémoire des nombreuses et malheureuses victimes et renouveler au peuple congolais et à Vous-même, Monsieur le Président de la République, toute la compassion de la Francophonie ainsi que notre entière solidarité devant les défis, nombreux encore, à relever. Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs, J’ai l’honneur de prendre la parole au nom du Président Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, qui n’a pu être des nôtres et qui m’a demandé de vous adresser ses vœux de plein succès. En ouvrant ce séminaire, je voudrais dire que ce sont aussi des fragilités et des vulnérabilités qui sont au cœur de notre rencontre de Brazzaville. Ces fragilités et ces vulnérabilités sont relatives à divers dérèglements climatiques, alimentaires, économiques, énergétiques ou sanitaires, souvent liés les uns aux autres. Ces dérèglements accroissent les disparités entre les régions et les peuples car tous les pays n’ont pas les mêmes capacités d’anticipation, de réaction ou d’adaptation. Au centre de cette vulnérabilité de nos systèmes écologiques, économiques et sociaux se trouve en réalité un problème éthique que l’on peut résumer par la préférence marquée pour le présent, et son corollaire, la dépréciation de l’avenir. Cette perspective insoutenable a mis le monde au défi de lui opposer une volonté collective. Incontestablement, la prise de conscience est désormais là. Nous tenons, à cet égard, à saluer, Monsieur le Président de la République, votre engagement continu dans l’édification d’une vraie résistance pour préserver notre avenir commun, et ce, en tenant compte des grands équilibres, en mesurant les risques de nos actes et en regardant au-delà des égoïsmes. Au grand rendez-vous qui nous rassemblera en juin prochain à Rio, il est entendu que la Francophonie sera à vos côtés pour vous soutenir en votre qualité de Président de la Conférence des trois plus grands bassins forestiers du monde et de Porte-parole de l’Afrique. A cet effet, je me réjouis que l’étape de Brazzaville soit une occasion d’élargir davantage ce soutien en s’appuyant sur les Conseils économiques et sociaux rassemblés au sein de l’Union des conseils économiques et sociaux et institutions similaires des Etats et gouvernements membres de la Francophonie (UCESIF). Issue du monde réel – qu’il soit économique, social ou environnemental – et régulièrement à son écoute, l’UCESIF agit, ici à Brazzaville, pleinement dans son rôle de témoin des grands enjeux de notre temps et de conseil avisé pour la décision publique. Au regard du choix de la thématique de ce jour, l’UCESIF apportera aussi une contribution très utile aux réflexions que développeront nos Chefs d’Etat et de gouvernement au cours de leur quatorzième sommet prévu en octobre prochain, dans la capitale voisine de Kinshasa. Attentif à ces initiatives, je suis convaincu que la place de l’UCESIF au sein de l’ensemble des partenaires institutionnels stratégiques de la Francophonie est inéluctablement appelée à s’affirmer.

Ce rendez-vous de Rio, la Francophonie s’est préparée au mieux pour l’aborder. Nous sommes à Brazzaville, en Afrique où, nous le savons tous, se joue l’avenir de la Francophonie. Et cet avenir ne saurait s’inscrire que dans la perception claire des problèmes posés et de leur résolution. Notre priorité est donc ouvertement affichée. D’autre part, et c’est connu, les pays du sud et les pays africains en particulier sont les premières victimes des dérèglements mondiaux. Mais ces pays produisent aussi de fortes externalités positives. La région d’Afrique centrale en donne l’exemple en hébergeant les deux précieux patrimoines naturels que sont le bassin du Congo et le lac Tchad. En conséquence, ces pays doivent nécessairement être au centre des solutions développées par la communauté internationale pour favoriser le développement durable. C’est là une exigence démocratique. C’est fort de ces choix que – comme elle l’avait déjà fait pour Rio en 1992 et Johannesburg en 2002 – la Francophonie a engagé ses Etats et gouvernements, ses réseaux d’experts et sa société civile dans une forte mobilisation qui a abouti, en février dernier, à ce qu’il convient désormais de désigner « l’Appel de Lyon ». Monsieur le Président, votre contribution et celle de votre homologue du Niger ont été, à cet égard, significatives et nous tenons, de nouveau, à vous en remercier. J’aimerais partager ici avec vous trois éléments essentiels qui dominent l’esprit de cette démarche engagée à Lyon. Premièrement, le développement durable et solidaire nous met au défi de lui offrir des moyens. Plus encore maintenant que par le passé. Au moment où le consensus en faveur du développement durable est large et où divers accords visent à lui donner force de loi, la crise économique et financière internationale favorise les replis sur soi et menace la solidarité. Nous savons aussi qu’il faut libérer les imaginations et envisager des approches audacieuses. En son temps, lors du sommet de Rio, la Francophonie avait lancé l’idée d’une taxe sur le transport aérien. L’idée s’est avérée fort utile et a connu quelques succès. Depuis 2009, notre Secrétaire général est engagé avec son homologue du Commonwealth dans un plaidoyer en faveur des financements innovants pour contrer le changement climatique, préserver la biodiversité, lutter contre la désertification et la déforestation. La conjoncture actuelle appelle à une vigilance et à des efforts plus conséquents afin que les financements innovants aient définitivement le statut de grande cause du développement et que les décisions prises ne prennent un autre chemin que celui du développement. Deuxièmement, le développement de l’économie verte soutenable ne saurait exclure de sa trajectoire les pays les moins avancés. Nous ne sommes pas ici uniquement sur le terrain de la promotion d’éco-entreprises, d’utilisation de technologies vertes, etc., mais dans un véritable mouvement de transformation des modes de production et de consommation intégrant l’environnement, le social, le culturel, le numérique et la responsabilité citoyenne. C’est donc là un champ nouveau de la diversification économique qui s’offre aux économies africaines dont, pour la très large majorité, les bases restent encore trop étroites. Troisièmement, comme dans bien des domaines, la jeunesse doit être pleinement prise en compte dans les initiatives en faveur du développement durable et solidaire, qu’elles soient au niveau des décisions à prendre ou des activités proprement dites à réaliser. En investissant véritablement dans la jeunesse et donc dans l’éducation et la formation, la cause du développement durable s’assurera de précieuses avancées. Les débats de ces deux jours auront pour objectif également de déterminer le rôle que les uns et les autres pourraient jouer, au-delà de la Conférence de Rio. Je veux, à cet égard, souligner ici les risques que les acteurs du développement encourent toujours de dessiner des voies qui soient opposées, contradictoires à d’autres déjà tracées. Le défi posé à tous est celui de la complémentarité de nos choix stratégiques en matière de développement durable avec ceux faits, par exemple, pour la lutte contre la pauvreté et pour la gouvernance économique, financière et commerciale. Je pense que nous sommes aussi très attendus sur ce terrain de la cohérence. Nous devons construire entre nous des instances de dialogue et d’échange efficaces pour analyser les contradictions réelles ou potentielles entre les différentes stratégies élaborées. Je souhaite saluer ici le rôle éminemment positif que tient le PNUD, non seulement dans la définition de stratégies, mais aussi dans leur mise en cohérence. La Francophonie, en raison de la diversité des sensibilités qui la caractérise et de l’exigence de consensus qui l’anime, a naturellement pour vocation d’initier et d’accompagner de telles démarches convergentes. Je suis confiant dans le fait que ce séminaire s’attachera également à répondre à cette préoccupation afin que notre mobilisation soit portée sur les champs prioritaires du développement durable et solidaire et que nos responsabilités respectives soient pleinement assumées. Je voudrais conclure en remerciant très chaleureusement le Président du Conseil économique et social du Congo et l’ensemble de ses équipes pour les excellentes conditions d’accueil qu’ils nous ont réservées pour rendre fructueux notre séjour à Brazzaville.

Je vous remercie pour votre attention.

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